«Se donne de la peine et en a.» La formule revient souvent quand on évoque les quatre ans passés par Roland Debély au Château. Elu au Conseil d’Etat suite au retrait forcé du socialiste Didier Berberat, le citoyen de Cernier, dans le Val-de-Ruz, a beaucoup réformé (lire ci-dessous). Mais il n’est pas parvenu à convaincre de ses aptitudes d’homme d’Etat. «Il consulte beaucoup, cherche à comprendre mais a une peine folle à décider. On n’a pas l’impression qu’il y a un pilote dans l’avion», considère Bertrand Nussbaumer, président de la commission Santé du Grand Conseil et candidat PS au Conseil d’Etat.

Roland Debély peut faire valoir des circonstances atténuantes. Banquier de métier, il a hérité du Département de la santé et des affaires sociales, domaines qui lui étaient étrangers. Autre handicap, de son fait cette fois: il est entré en fonction avec la réputation d’être un «second couteau», expression qu’il a exprimée lui-même lors du lancement de sa campagne électorale, fin 2004. Depuis lors, l’image lui colle à la peau, encore renforcée par un bilan extrêmement mitigé.

Inquiétudes citoyennes

La mise en place d’Hôpital neuchâtelois (HNe) est emblématique de ses difficultés. Accepté par la population en 2005, le regroupement des sept hôpitaux du canton a exacerbé les rivalités régionales. «Roland Debély a mené à bien des chantiers importants, mais il n’a pas su trouver les mots pour calmer l’inquiétude des citoyens, juge Jean-Frédéric de Montmollin, médecin et député PLR. Le rythme élevé des réformes n’a pas arrangé les choses.»

Le dossier hospitalier a mis en lumière sa difficulté à imposer ses vues au sein du collège. Il était favorable à l’implantation du site unique mère-enfant à Neuchâtel. La majorité rose-verte a finalement opté pour le site de La Chaux-de-Fonds. L’actuel président du Conseil d’Etat a défendu cette nouvelle option sans traîner les pieds, fidèle à son image d’équipier modèle et dévoué. Une attitude qui transparaît dans son discours: il est extrêmement rare que le «je» prenne le pas sur le «nous».

Plus encore qu’avec HNe, Roland Debély s’est pris les pieds dans le tapis avec Nomad, projet de réforme des soins à domicile. Jean-Frédéric de Montmollin et Bertrand Nussbaumer dénoncent en chœur «une réforme inutile». «Ce chantier n’avait pas lieu d’être, estime le premier. C’est un concept technocratique qui diminue la qualité des prestations sans que cela coûte moins cher.»

Des dossiers qui s’enlisent

D’autres dossiers se sont enlisés. Le projet de loi sur l’accueil de la petite enfance – avec notamment l’introduction de «bons de garde» – a fait l’unanimité contre lui avant d’être retiré. Une nouvelle mouture du projet devrait être présentée durant le deuxième semestre 2009. L’ambitieuse réforme des établissements spécialisés (Renard) s’est elle aussi perdue en route, avec des avancées dans quelques domaines seulement.

Roland Debély ne s’est pas fait que des ennemis. Pour le président de la Société neuchâteloise de médecine générale, Pierre-Yves Bilat, il a très bien compris les enjeux de la négociation en cours des tarifs médicaux. «Il arbitre le conflit qui nous oppose à Santésuisse. C’est un bon interlocuteur. J’ai été surpris par la justesse de ses propos.» Selon le médecin, le conseiller d’Etat a aussi su s’entourer de personnes compétentes. «Au début de son mandat, il a eu du mal, c’est normal. Il commence à comprendre comment les choses fonctionnent. Ce ne serait pas un mal qu’il reste.»

Comme d’autres, Pierre-Yves Bilat souligne «l’humilité» et «l’authenticité» de son interlocuteur, qu’il côtoie au Conseil de santé et au Conseil des hôpitaux. Des qualités humaines qui ne font pas forcément un bon conseiller d’Etat. «Il manque de poigne, note Jean-Frédéric de Montmollin. On ne peut s’empêcher de le comparer à Monika Dusong, qui l’a précédé au Château. Elle donnait des impulsions fortes. Elle était absolument remarquable.»

Ce manque de charisme et de leadership est souligné, sur la forme, par une grande difficulté à l’oral. Lors de ses interventions publiques, l’ancien président du Grand Conseil (2001-2002) mange régulièrement ses mots. Du coup, on l’écoute, mais on ne l’entend pas toujours.

Les limites de Roland Debély n’ont pas échappé à ses colistiers. Conscient que cela augmente leurs chances d’élection, ils n’hésitent pas, «off the record», à lâcher des piques assassines. Ce petit jeu renforce les interrogations qui entourent la réélection du ministre sortant. Il montre aussi que la droite ne croit plus à l’objectif qu’elle s’était fixé, à savoir renverser la double majorité de gauche le 5 avril.