Le département de Haute-Savoie connaît actuellement une hausse sensible des prix de l'immobilier, mais aussi une pénurie de terrains et un coût de la vie toujours plus cher. La situation pourrait être encore aggravée par l'entrée en vigueur des accords bilatéraux. Jean-Louis Bailly, secrétaire de la Coordination économique et sociale transfrontalière (CEST), regroupant des associations et syndicats franco-suisses, tire la sonnette d'alarme.

Le Temps: Pourquoi jugez-vous urgent de prendre position sur la situation sociale de votre département?

Jean-Louis Bailly: Aujourd'hui, la Haute-Savoie recense 47,4 logements sociaux pour mille habitants, contre 65 en Rhône-Alpes. Sans mesures rapides, il n'y aura bientôt plus de terrains. Avec l'augmentation du coût de la vie, la situation est particulièrement difficile pour les 50 000 personnes vivant en Haute-Savoie avec seulement 3500 francs français par mois. Si l'on monte au créneau, c'est pour dénoncer le fait qu'on n'a jamais pris en compte l'impact social du phénomène des frontaliers.

– Les accords bilatéraux, qui ne sont pas encore entrés en vigueur, sont-ils la cause de ces problèmes?

– Non, mais ils pourraient accentuer cette évolution avec l'arrivée de nombreux Européens qui travailleraient à Genève et vivraient en France voisine. S'ils n'en sont pas la cause, ils servent toutefois de prétexte aux autorités françaises pour éviter de faire un véritable état des lieux. C'est toute l'ambiguïté. A vrai dire, la crise actuelle a commencé en 1998, quand le droit de résidence a été sensiblement élargi pour les personnes travaillant à Genève.

– Que préconisez-vous pour remédier à cette situation?

– Une politique de réserves foncières, un programme de logements sociaux et un développement des transports publics par le biais d'une régie transfrontalière. Mais aussi davantage d'information et de démocratie dans la prise de décision des élus français. Cela dit, il incombe aux responsables locaux de présenter des projets concrets au gouvernement français pour que la Haute-Savoie bénéficie de fonds européens dans le cadre des accords bilatéraux.