La Chaux-de-Fonds et Le Locle seraient sorties du pessimisme et de la morosité. Le constat, réjouissant, est dressé par André Brandt, président des Rencontres de décembre, forum citoyen consacré depuis 1999 à l'avenir des Montagnes neuchâteloises. L'ancien conseiller d'Etat s'appuie en particulier sur le résultat d'un questionnaire réalisé cet été par L'Impartial, montrant une majorité de plus de quatre Chaux-de-Fonniers et Loclois sur cinq réclamant davantage de collaborations entre les deux villes, et même leur fusion.

Histoire d'évacuer les susceptibilités, les habitants s'identifieraient sans peine à une nouvelle identité, un lieu symbolique situé entre les deux villes, le Crêt-du-Locle (Le Temps du 10 octobre), aujourd'hui «no man's land» industriel et commercial. Pour l'habiller, Loclois et Chaux-de-Fonniers sont devenus supporters d'un projet dont tout le monde a entendu parler, mais dont personne ne mesure la réelle ampleur: le Biodôme, un complexe sportif et de loisirs consacré à l'eau et à la glace, articulé autour d'une patinoire de 6000 places, la plupart assises et confortables. Le projet intégrerait une seconde patinoire, plus petite, une salle polyvalente ainsi qu'une piscine, le tout pouvant s'étaler sur un espace de 15 hectares. Coût estimé: 80 millions de francs.

«Un projet complètement fou, démesuré pour notre région», reconnaît l'un des initiateurs, Lucien Bringolf, qui se dit pourtant raisonnablement optimiste. Le projet, qui doit prioritairement être financé par des fonds privés, connaît un coup d'accélérateur depuis qu'un homme d'affaires écossais, le providentiel Tom Stewart, serait disposé à investir à La Chaux-de-Fonds. L'Impartial révélait la semaine dernière qu'il a déjà promis un million de francs au Hockey-Club, dont il deviendra l'actionnaire majoritaire.

Un projet nécessaire?

Lucien Bringolf et l'association Biodôme tentent de garder leur calme. Mais dans les Montagnes, l'euphorie gagne, sans qu'on se soit posé quelques questions fondamentales: est-ce d'une patinoire et d'un centre de loisirs dont le Haut a le plus besoin? Un tel complexe est-il un projet structurant ou un simple joujou? Même si elles ne seront pas trop sollicitées pour l'investissement, les communes ne devront-elles pas éponger les déficits de fonctionnement? Déjà sans le sou, peuvent-elles se le permettre?

N'existe-t-il pas d'autres projets plus à même de désenclaver, géographiquement et psychologiquement, le Jura neuchâtelois? Le métro Neuchâtel - La Chaux-de-Fonds- Le Locle, par exemple?

En prétendant pouvoir attirer les foules, dans un large rayon comptant 200 000, voire 300 000 personnes, le Biodôme rappelle un autre projet malheureux, celui de casino, que les Chaux-de-Fonniers n'ont pas su vendre. Les Neuchâtelois du Haut ne sont-ils pas simplement en train de se regarder le nombril et de rêver à un mégaprojet aussi beau qu'inutile? Les questions sont volontairement provocantes, peut-être excessives. Pour éviter de plonger les yeux fermés dans un illusoire dynamisme de façade, les sages Jurassiens des Montagnes doivent pourtant se les poser.