Si la phase test du système de reconnaissance biométrique des visages ou Farec (pour «Face Recognition») développée à l'aéroport de Zurich s'est bien achevée le 15 juin, Bruno Baeriswyl, préposé à la protection des données zurichois, n'en est pas pour autant rassuré. Car le Conseil d'Etat pourrait donner son feu vert à une deuxième phase souhaitée par la police cantonale – la décision devrait tomber début août, une fois le bilan du projet pilote rendu. Elle prévoit de porter le nombre de personnes filmées à environ 1500 par jour au lieu de 200.

Jusqu'à présent, Bruno Baeriswyl a su imposer un certain nombre de garde-fous, comme exiger le consentement des personnes visées, coder les images et les effacer automatiquement après 30 jours. Mais en cas d'application plus large, une véritable base légale devient plus que jamais nécessaire: le préposé zurichois à la protection des données craint une augmentation des atteintes portées à la sphère privée. «La nouvelle loi sur les étrangers, qui doit encore être discutée au parlement, prévoit certes une disposition autorisant ce type d'agissements. Elle ne devrait toutefois entrer en vigueur qu'en 2004 ou 2005», précise-t-il. L'empressement de Zurich laisse penser que le canton pourrait édicter sa propre base légale.

Le système Farec a pour but de faciliter la lutte contre l'immigration clandestine. Des passagers suspects en provenance de certaines régions dites «sensibles» (Afrique, Asie et pays arabes) sont filmés à leur descente d'avion, puis l'ordinateur relié à la caméra enregistre les spécificités biométriques de leur visage (espace entre les yeux, distance entre le nez et la bouche etc.). Les services d'immigration espèrent ainsi retrouver la trace de certains ressortissants étrangers qui dissimulent leur véritable provenance pour éviter un refoulement immédiat. Pour brouiller les pistes, beaucoup transitent par l'aéroport de Kloten et essaient de revenir en Suisse par le biais d'un pays tiers. «Telle que prévue, la deuxième phase consisterait à filmer tous les passagers sortant de certains avions: il est absolument impératif qu'ils soient informés de la pratique et que les images des personnes «non suspectes» soient immédiatement détruites!» insiste Bruno Baeriswyl.

Du côté du préposé fédéral à la protection des données, un certain scepticisme se fait également ressentir. Son porte-parole, Kosmas Tsiraktsopoulos, préfère commenter les risques des saisies biométriques en général plutôt que de s'exprimer sur l'expérience zurichoise. Pour lui, ce système de fichage paraît disproportionné s'il n'a pour but que de repérer une petite dizaine de fraudeurs par année (de mi-janvier à fin mars, Farec a permis de déterminer la provenance de six voyageurs sans papiers seulement). Il ajoute que des essais effectués en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis se sont soldés par des résultats plutôt décevants: plus de 50% des personnes filmées n'étaient pas reconnaissables. Ce scepticisme n'est pas partagé par l'IMES (ancien Office fédéral des étrangers) et l'Office fédéral des réfugiés qui, tous deux, ont contribué à la préparation de la phase pilote. «Les résultats de l'évaluation détermineront s'il y aura une deuxième phase», déclare prudemment Mario Tuor, porte-parole de l'IMES. Du côté de la police cantonale zurichoise, même langue de bois. «Nous privilégierons un système de communication actif dès les résultats rendus publics», nous assure-t-on, «trop de journalistes nous harcèlent en ce moment et nous préférons ne rien dire tant que la poursuite du projet n'a pas été décidée.»

En cas de feu vert zurichois, il restera encore à déterminer à quelles fins exactement les données biométriques seront utilisées. Car le nouveau projet de loi sur les étrangers ne mentionne pas uniquement la lutte contre l'immigration clandestine. «Les autorités compétentes avertiront l'Office fédéral de la police si elles ont constaté qu'un étranger représentait une menace concrète pour la sécurité intérieure et extérieure de la Suisse. Elles sont autorisées à transmettre les données pertinentes», stipule notamment l'article 98.