«Une sacrée baffe!» Nombreux sont ceux qui, à La Neuveville, rient sous cape après le scrutin local de dimanche dernier et le camouflet infligé au plus illustre citoyen de la commune, le conseiller d'Etat radical Mario Annoni. Même si son habileté innée lui a commandé de rester en retrait du débat officiel, le patron de l'Instruction publique bernoise soutenait fermement l'initiative lancée par son parti, réclamant la suppression du Conseil de ville (législatif local composé de 35 membres) et son remplacement par une assemblée ouverte aux 2114 électeurs de la commune.

«Mario Annoni faisait preuve d'un militantisme appuyé», confie un observateur de la vie neuvevilloise, confirmant une rumeur qui laisse entendre que le conseiller d'Etat aurait lui-même rédigé le texte de l'initiative, avec un groupe de notables locaux, parmi lesquels l'avocat Charles Froté, vice-président de la Banque Cantonale bernoise, qui se rencontrent régulièrement dans «le clan des vétérans». La rumeur ajoute que Mario Annoni aurait consulté les services juridiques cantonaux pour avaliser le texte.

Le corps électoral l'a clairement désavoué, tout comme le Parti radical: l'initiative a été balayée par 376 voix contre 165, alors que le texte avait été paraphé par 280 citoyens. «Un magnifique autogoal», ricane le maire Jacques Hirt. A plus de deux contre un, et avec une participation confidentielle de 27%, les Neuvevillois ont voté pour le maintien du législatif local, créé il y a vingt-six ans sur proposition… des radicaux. Il faut dire que depuis 1974, les rapports de force ont évolué. A l'époque tout-puissant, le Parti radical n'est plus numéro un et accepte mal de ne plus régenter comme par le passé les affaires communales.

Dans leur argumentaire, les radicaux disaient préférer une forme de landsgemeinde à un cénacle manquant de dynamisme. «Le Conseil de ville a perdu son sens critique vis-à-vis du Conseil municipal (exécutif) où il a rarement été le lieu du débat d'idées qu'il devrait être», clamait le Parti radical. Le législatif était encore montré du doigt pour ne pas avoir formellement condamné le maire Jacques Hirt et l'exécutif dans l'affaire de la pollution de l'eau qui avait affecté deux tiers des habitants de la localité en 1998.

Plus trivialement, les radicaux estimaient qu'il serait plus aisé d'imposer un point de vue lors d'une assemblée municipale à la composition aléatoire, en mobilisant des amis et des lobbies, en fonction des objets.

«Ne pas être un poids lourd chez lui, à La Neuveville, et voir les radicaux perdre des plumes, Mario Annoni le vit mal», poursuit l'observateur. Le conseiller d'Etat n'avait pas avalé la victoire, en 1996, de l'actuelle préfète Barbara Labbé, au détriment du radical Willy Sunier. L'an passé, il s'est aligné derrière Jean-Paul Steinegger, qui combattait la préfète sortante, avec le même insuccès que dimanche dernier.

A l'instar du Parti radical, le conseiller d'Etat sort affaibli. A tout le moins, dans sa ville de La Neuveville, où il occupait le poste de préfet avant d'entrer au gouvernement en 1990, à l'âge de 36 ans. «S'il a réalisé une ascension fulgurante au plan cantonal, il n'a toujours pas la sensibilité locale, reprend l'observateur. Même au courant de tout et maître dans l'art de tirer les ficelles en coulisse, il ne parvient pas, avec ses amis notables, à infléchir le cours des choses.»

Dans le Jura bernois, des voix se font entendre pour accuser Mario Annoni d'avoir lancé l'initiative pour déstabiliser le maire Jacques Hirt, membre du Forum neuvevillois, mouvement qui a détrôné le Parti radical de son piédestal. Un Jacques Hirt par ailleurs membre du groupe Avenir et président de la Conférence des maires, qui réclament tous deux une large autonomie pour le Jura bernois. «Si, à la veille des élections communales, la lutte pour le pouvoir à La Neuveville est incontestable, si je suis un personnage gênant parce que je dis tout haut ce que je pense, je ne crois pas que Mario Annoni m'ait cherché noise, rétorque Jacques Hirt. Surtout qu'après douze ans de mairie et conformément au règlement local, je termine mon mandat dans quatre mois.»

«Une boulette»

«Au plus fort de la polémique consécutive à la pollution, il m'avait donné un coup de main, en intervenant auprès du Service cantonal des eaux afin qu'il vienne à notre secours.» Le maire constate toutefois que Mario Annoni, «pour un tacticien de son rang, a commis une boulette en soutenant l'initiative radicale locale».

Le fourvoiement de Mario Annoni dans les affaires de sa commune nuira-t-il à son image à l'extérieur? «Non», répond Jacques Hirt, qui ajoute tout de même avec malice que «le grand homme du Jura bernois, qui doit faire face à l'ébullition de sa région et la contestation des enseignants, aura tout au plus une ride de plus sur un visage qui semblait parfait il n'y a pas si longtemps»!