La nuit de samedi à dimanche a été synonyme de veille pour les arboriculteurs. Les abricotiers qui avaient déjà vêtu leurs habits printaniers ont dû être protégés du gel et du phénomène de «bise noire», c’est-à-dire, selon Météosuisse, de la bise combinée à un temps couvert et des précipitations.

Jean-Noël Devènes, qui a déjà subi d’énormes pertes l’an dernier, indique, dimanche matin, avoir «pu lutter et allumer les bougies (afin de réchauffer l’air et réduire les dégâts, ndlr.) dans la nuit de samedi à dimanche sur les parcelles dont nous avons pensé qu’il valait encore la peine d’intervenir. Le vent n’était pas excessif».

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L’arboriculteur de Baar, sur la commune de Nendaz, a observé un comportement identique de la part de ses trois collègues. Avant d’allumer les bougies, il avait noté que la température était tombée à -2,2. Les dégâts augmentent avec la durée d’exposition au gel. «Pour les cultures intéressantes, il restait potentiellement 50 à 60% de récolte. Nous n’avons pas hésité à mettre les bougies».

La difficulté de changements extrêmes

Par contre, la nuit précédente, il avoue ne pas avoir pu réagir. «Nous avons subi des dégâts sur certaines parcelles. Un phénomène similaire à celui de 2021 s’est un peu reproduit, avec de la neige et un vent froid», lance-t-il. L’année dernière, le Nendard n’a pu cueillir que 700 kilos d’abricots, contre 45 tonnes habituellement. «Il est encore trop tôt pour estimer la casse intervenue ces derniers jours», ajoute-t-il.

Les périodes de gel sont fréquentes en avril. Mais pour Jean-Noël Devènes, à la différence d’il y a 15 ans, «les changements de température sont beaucoup plus brutaux qu’avant. Il y a clairement un phénomène de dérèglement climatique extrêmement compliqué à gérer». Les moyens de lutte des arboriculteurs n’ont, eux, pas changé. Le Nendard n’a toutefois pas l’intention d’abandonner. «Sur les coteaux, certaines cultures ne s’adaptent pas. Il serait très complexe de faire de la pomme ou de la poire».

Un froid exceptionnel

La nature subit en effet un retour violent de l’hiver. La neige a recouvert le pays d’un manteau blanc jusqu’en plaine en ce samedi 2 avril, selon Météosuisse. Les flocons ont été les plus abondants le long des Préalpes et en altitude où des couches de 25 à 30 centimètres ont été mesurées. Il est tombé 22 centimètres de neige fraîche à Fribourg en 24 heures. C’est la deuxième valeur la plus élevée depuis le début des mesures en 1964, selon l’ATS. Le record est de 30 cm le 11 janvier 1977. En avril, le précédent record remonte à 1999.

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Il fait en outre exceptionnellement froid pour la saison. Les températures s’annoncent encore négatives pour la nuit de dimanche à lundi. Pour les arboriculteurs, selon l’ATS, «même avec une protection contre le gel, la situation devient parfois très critique et un degré de plus ou de moins peut décider de pertes de récoltes importantes dans les mois à venir».