Cette fois, c’est officiel, le régime d’exception offert par Berne ne tient plus qu’à un fil à Genève. Face à la hausse du taux de reproduction durant deux jours consécutifs, le canton a décidé de fermer ses restaurants ainsi que ses établissements de loisirs mercredi 23 décembre au soir. Malgré un taux de reproduction de 1, le canton s’était risqué à maintenir l’ouverture vendredi, refusant d’être «plus royaliste que le roi». Samedi, ce chiffre est passé à 1,01, puis à 1,02 dimanche. Le Conseil d’Etat suppose qu’il a continué de grimper lundi, c’est pourquoi il a décidé d’agir. A noter que ce taux est calculé de manière rétroactive. L’échelle actuelle se base ainsi sur les chiffres du 6 décembre.

Alors qu’une communication des cantons romands est prévue mardi, Genève se distingue une fois de plus en prenant les devants. «Nous agissons en concertation avec nos voisins romands, affirme Mauro Poggia, chef du département. Genève ne fait pas cavalier seul.» Dans ce cas, pourquoi communiquer aujourd’hui? «Face à la hausse des chiffres, nous préférons anticiper pour éviter d’annoncer une fermeture du jour au lendemain», argumente le magistrat. Au-delà des bars et restaurants, les mesures du jour concernent les musées, les établissements de loisirs et les installations sportives (d’ores et déjà fermées). Les commerces, eux, restent ouverts jusqu’à 19h maximum. Les mesures sont introduites jusqu’au 22 janvier et pourront être réévaluées à la hausse si nécessaire. Dès le 5 janvier, le taux de reproduction requis pour espérer maintenir les bistrots ouverts passera à 0,9 et non plus 1.

Le virus mutant inquiète

Alors que l’Europe entière se barricade depuis la découverte d’une nouvelle souche de coronavirus particulièrement contagieuse, Genève s’avoue lui aussi préoccupé. Le virus mutant a-t-il été détecté dans le canton? «Rien ne permet de l’exclure, répond Mauro Poggia. Nous attendons des instructions de l’OFSP en ce qui concerne le traçage des touristes britanniques pour s’assurer du respect des quarantaines. Cette situation risque de poser des problèmes logistiques importants.»

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Si le Conseil d’Etat affirme être à l’écoute des restaurateurs, aucune nouvelle aide n’est pour l’heure annoncée. Les réductions d’horaire de travail et les assurances perte de gain restent en vigueur, tout comme l’indemnisation qui se base sur le nombre de m2 de surface utile. «Nous poursuivons les discussions avec les milieux concernés, affirme la conseillère d’Etat chargée des Finances Nathalie Fontanet. Au vu de la prolongation de la situation, nous voulons nous assurer qu’aucun secteur ne tombe entre les mailles du filet.» Comment? La magistrate songe notamment à élargir la liste des cas de rigueur pour y introduire les restaurants. Il s’agit aussi d’affiner les critères d’indemnisation pour permettre à certains secteurs aujourd’hui exclus d’en bénéficier. Exemples: une jeune entreprise de moins de deux ans, un kiosque situé à proximité de l’université et de fait vidé de ses clients.

Aides à fonds perdu exigées

Alors que tout le secteur de la restauration souffre, certains Genevois ne jouent, semble-t-il, pas le jeu. «J’ai appris que certains traiteurs recevaient des commandes très importantes pour 40 ou 50 personnes, déplore Nathalie Fontanet. Le canton sera intransigeant à l’égard de ces fêtes privées illégales.»

Pas de quoi redonner le sourire à Helena Rigotti, vice-présidente du Groupement professionnel des restaurateurs et hôteliers genevois, qui se dit fataliste et découragée. «On s’y attendait tous, mais la nouvelle reste dure à encaisser», lâche-t-elle, soulignant que «l’effet yoyo» est de plus en plus difficile à supporter moralement. Si elle comprend les raisons sanitaires d’une fermeture, Helena Rigotti exige des aides rapides. «La Confédération doit assumer ses responsabilités en fournissant des aides à fonds perdu, de manière à couvrir au minimum les frais engendrés par un restaurant fermé», plaide-t-elle. Pour l’instant, beaucoup de patrons puisent dans leurs économies pour couvrir les charges. «Certains ne vont pas survivre à cette troisième fermeture, 2021 sera une hécatombe.»