Il a donné rendez-vous à Granges-Paccot, aux 4 Vents précisément, coquette auberge cernée de hauts buis qui fut au XVIIIe siècle à la fois résidence d’été et refuge de chasse. Depuis la terrasse en pelouse, le magnolia laisse filer un coin de ciel et deux flèches au loin: la cathédrale Saint-Nicolas et le pont de la Poya. Blaise Fasel aime ce panorama. Beau parleur, il dit: «Le premier édifice représente l’enracinement, le second l’ouverture. A Fribourg ces formes ne sont contraires qu’en apparence. Elles se conjuguent, elles ne se combattent pas. Pas comme en politique suisse, de manière générale».

Dans les EMS, il collecte des bribes de souvenirs

Blaise Fasel, 25 ans, est Conseiller général de la ville de Fribourg (depuis cette année) et président des jeunes démocrates-chrétiens fribourgeois (depuis 2011). Il est aussi historien, possède un Bachelor en arts, histoire contemporaine et anthropologie sociale, prépare un Master. Titre de mémoire: «1900-1980: politiques sociales fribourgeoises face à la vieillesse».

Si jeune et tellement préoccupé par nos aïeuls au point de plonger dans des encyclopédies et écumer les EMS pour y collecter des bribes de souvenirs. Il explique: «La Suisse a longtemps profité d’un système de solidarité et de contrat entre les générations et il me semble que tout cela est remis en cause. Je cherche à comprendre cette évolution». La comprendre en prenant exemple sur son canton rural «qui par son histoire a peut-être développé une conception un peu différente de la prise en charge des anciens et des pauvres, et qui aujourd’hui ne les sépare pas du reste de la société».

Seul homme parmi sept femmes

Valeurs humaines, chrétiennes? Sans doute. Qui ne sont pas que jolies phrases, slogans de campagne ou promesses électorales. Blaise est homme tout terrain, en ville et par monts, au centre du monde sur l’échiquier politique et dans son cœur. Il est ainsi membre du comité Solidarité Femmes de Fribourg. Seul homme, les sept autres personnes sont des femmes. «Les violences conjugales, domestiques, sont quasiment invisibles et silencieuses. La maison a accueilli 600 femmes en 2015 et 50 enfants. Pour moi, c’est l’occasion de faire quelque chose d’utile». Le 7 octobre, il prendra le micro lors d’un souper de soutien et invitera les personnalités politiques de tout bord à, sinon verser leur obole, au moins répercuter la détresse de ces femmes.

Il est de la même façon impliqué au sein de son quartier de Pérolles et va à la rencontre des jeunes. 10 000 étudiants à Fribourg (40 000 habitants), cité qui ronronne dit-on. A la nuit tombée, Berne au nord et Lausanne au sud happent cette frange de la population qui aime à faire la fête, aller au concert, se rencontrer, échanger.

Il écoute et transmet

Blaise Fasel les écoute et transmet. Cette idée par exemple inspirée de villes européennes: délimiter des zones de divertissement dans des quartiers de bureaux et localiser ainsi au même endroit les bruits et autres désagréments de la vie nocturne. Blaise revendique ce rôle de passeur, intermédiaire, médiateur. Diplomate? Son père Alexandre Fasel, le fut à Canberra, à Ottawa, et plus récemment (de 2012 à 2016) auprès des organisations internationales à Genève en qualité d’ambassadeur de Suisse.

L’enfance de Blaise, si loin des racines, ne fut pas la plus heureuse «parce que l’on n’a pas le temps pour se faire des copains». A 10 ans, de retour à la maison, il jure de ne plus bouger et de bâtir une vie meilleure pour lui et donc pour les autres. Bien sûr, il voyage (le Transsibérien à 18 ans, puis Cuba, l’Iran, l’Éthiopie bientôt) et dit que ces séjours l’ont formé. Formé aux gens d’ailleurs, leurs modes de vie, leurs différences, leurs misères aussi. Il est membre de la commission des naturalisations de la ville de Fribourg. Un mandat passionnant. «C’est très théâtral, il faut imaginer onze élus qui font face à une personne qui sollicite la nationalité suisse. On l’interroge sur ses connaissances civiques, sur le droit, nos institutions, notre histoire. Nous sommes sévères mais justes. Il est rare qu’un demandeur soit recalé. C’est une mise à nu et j’ai appris à demeurer humble face à des parcours de vie parfois douloureux».

Il faut corriger une anomalie!

Le 6 novembre, Blaise Fasel sera candidat au Grand Conseil du canton de Fribourg ainsi que treize autres jeunes PDC afin, martèle-t-il, «de corriger une anomalie». «Nous avons le plus grand parti de jeunes du canton et le PDC n’a aucun député de moins de 35 ans» déplore-t-il. Cure de rajeunissement donc. Encore faut-il que l’électeur suive. Blaise est confiant. Et a réponse à presque tout. Quand on lui fait remarquer que la liste commune ou entente PDC-PLR-UDC pour le Conseil d’Etat en choque certains (un centre de tendance humaniste allié à une droite réputée dure), il en fait porter la responsabilité à la gauche «qui à Fribourg a été, dès 2006, la première à introduire des alliances tactiques pour engranger les victoires».

Argument politicard qui détonne chez lui mais la politique est ainsi faite qu’il faut se plier à certains raccourcis. Fera-t-il longue carrière en politique? Pas sûr. Il veut pour le moment contribuer au mieux-être autour de lui, à faciliter le dialogue entre les gens. Il se voit un peu plus tard délégué de la Croix-Rouge, «pendant deux ou trois ans». Outre le français, il parle l’anglais, l’allemand, l’espagnol et apprend l’arabe. «Ça peut aider» dit-il.


Profil

1991: Naissance à Fribourg

2011: Elu président des jeunes PDC

2014: Diplômé en Histoire contemporaine et anthropologie sociale à l’Université de Fribourg

2016: Elu au Conseil général de la ville de Fribourg