Enquête

Blanchiment: le financier impliqué évoque «des dons communautaires»

Le principal suspect, administrateur délégué d’une société genevoise de gestion de fortune, conteste tout lien avec le trafic de drogue. Il assure que les liquidités remises en France provenaient de dons récoltés auprès des communautés israélites

«Des dons communautaires.» C’est ainsi que le financier genevois, suspecté d’avoir trempé avec deux de ses frères dans un vaste réseau de blanchiment d’argent de la drogue, explique les opérations de compensation faisant l’objet de l’enquête qui éclabousse des notables et coûte sa place à une adjointe au maire du XIIIe arrondissement. «Il soutient que l’argent liquide remis à ses clients parisiens a été récolté auprès des communautés israélites de France qui souhaitaient faire des dons à diverses personnes ou écoles religieuses. Il n’a jamais été au courant d’un quelconque trafic de cannabis», souligne Me Josiane Stickel-Cicurel, l’avocate du mis en cause, administrateur délégué d’une société établie de très longue date dans la Cité de Calvin.

L’argument n’a visiblement pas touché le Tribunal des mesures de contrainte. A l’heure d’examiner, vendredi dernier, la mise en détention provisoire de l’intéressé et de son frère, gestionnaire auprès de HSBC Genève, le juge a relevé l’importance des charges ainsi que l’existence d’un risque de fuite, de collusion et de réitération. Une employée de la société, également interpellée mercredi, a été remise en liberté par le parquet après son interrogatoire.

Les deux frères (le troisième a été mis en examen à Paris), d’origine marocaine, contestent avoir blanchi en famille des sommes faramineuses issues de la vente de produits stupéfiants. Mes Maurice Harari et Laurent Baeriswyl, avocats du gestionnaire de chez HSBC, précisent que leur client «est étranger à tout trafic».

Ils ne s’avanceront pas plus sur un dossier dont les détails ne leur sont pas encore tous connus. «Les interrogatoires ont été menés par les procureurs genevois sur la base du rapport de police français et des extraits d’écoutes téléphoniques dont on ne connaît pas encore toute la teneur», ajoute Me Baeriswyl.

Ces écoutes font notamment état, selon nos informations, de conversations codées où il est question d’argent liquide et de petites coupures qui peuvent poser problème. Me Stickel-Cicurel relève que son client maniait ici l’argent gris de l’évasion fiscale et qu’il n’y a donc rien d’étonnant à une telle prudence dans les propos. «Il était conscient de faire des opérations de compensation très importantes mais il n’avait aucune idée de la provenance des fonds, telle qu’elle est alléguée par les enquêteurs», ajoute d’autre part l’avocate.

L’administrateur délégué assure que l’argent remis aux clients parisiens de la société (qui souhaitaient disposer de liquidités sans alerter la curiosité du fisc français par des virements) provenait de dons récoltés par le troisième frère. C’est du moins ce qu’il dit avoir cru. Les comptes genevois des clients parisiens étaient ensuite débités en faveur des bénéficiaires de cette générosité. Le cheminement de l’argent semble toutefois, selon les premiers indices de l’enquête, bien plus tortueux, et les destinataires finaux moins évidents à identifier.

Les premiers éléments communiqués par le juge d’instruction français et le Ministère public ge­nevois laissent entrevoir une vaste ­galaxie de sociétés qui auraient servi à camoufler les opérations. Un compte, ouvert auprès de HSBC à Londres, aurait servi de lessiveuse à ce qui est présenté comme une entreprise familiale ayant pour but de recycler le produit du trafic de cannabis importé du Maroc et vendu dans la région parisienne. On parle ici d’environ 40 millions d’euros.

L’enquête suisse n’en est qu’à ses débuts. Le premier procureur Yves Bertossa, qui dirige les investigations côté genevois, précise: «Un premier point sera fait cette semaine par les quatre procureurs qui mènent les auditions et les perquisitions. Il s’agit de croiser les informations récoltées ici et aussi en France.»

L’affaire a déjà fait une première victime du côté des clients évadés fiscaux. Florence Lamblin, élue écologiste et adjointe au maire du XIIIe arrondissement de Paris, a accepté de se retirer après avoir été mise en examen dans ce dossier pour ­association de malfaiteurs. Selon son avocat, celle-ci a tout au plus voulu rapatrier un héritage de 350 000 euros détenu de manière opaque sur un compte suisse. En France, 17 personnes sont dans le collimateur de la justice, dont 6 placées en détention.

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