«S’il y a eu faute, il y aura des répercussions et ce ne sera pas agréable.» La vaste enquête franco-suisse visant un réseau de blanchiment de l’argent de la drogue ne laisse pas les responsables de la place financière genevoise indifférents. Et pour cause: elle implique l’administrateur-délégué – aujourd’hui radié – de GPF SA, une société financière de la place, spécialisée dans la gestion de fortune.

Prévenu de blanchiment en bande et par métier, d’infraction à la loi sur les stupéfiants et de faux dans les titres, l’administrateur est en détention préventive à Champ-Dollon. Avec son frère, employé de la banque HSBC à Genève, prévenu lui aussi, l’administrateur aurait utilisé des mécanismes de compensation pour masquer des transactions destinées à recycler les fonds récoltés en France par un troisième frère, et provenant du trafic de cannabis.

Dégâts d’image

Des techniques éprouvées d’ingénierie financière que le président de Genève Place financière, Bernard Droux, pensait pourtant bannies des usages. «Nous sommes surpris, a-t-il affirmé mercredi. C’est une pratique interdite par la loi depuis longtemps, 20 ou 30 ans au moins. Et la Suisse a été à l’avant-garde de la lutte en la matière.»

Associé de la banque privée Lombard Odier Darier Hentsch, Bernard Droux ne cache pas sa préoccupation quant aux dégâts d’image que pourrait engendrer cette affaire pour la place genevoise: «C’est une affaire pénale et il faudra attendre les résultats de l’enquête. Mais s’il y a eu faute, il y a aura évidemment des répercussions et ce ne sera pas agréable.»

«Aucune place financière n’est à l’abri, déplore le secrétaire général du Groupement des banquiers privés genevois, Edouard Cuendet. Genève est dans le top 10 des places dans le monde, cela comporte des risques et des obligations. On ne peut pas éviter qu’il y ait des moutons noirs. Mais le bon côté des choses, c’est que le système judiciaire et la coopération fonctionnent: en Suisse, ces affaires sont découvertes.»

Et Bernard Droux de renchérir: «Nous sommes le pays le plus capable de repérer l’argent qui passe entre les mailles du filet. Je rappelle que dans l’affaire Abacha [la famille du dictateur nigérian avait déposé des centaines de millions issus de la corruption dans les banques suisses], la Suisse est le seul pays dans lequel on a retrouvé de l’argent. On a donc un peu l’impression d’être toujours la petite Suisse sur laquelle on tape. Je rappelle qu’au Delaware (USA), on peut toujours ouvrir un compte sans décliner son identité. Ça, c’est scandaleux.»