Organisateur présumé du vaste réseau de blanchiment d’argent de la drogue mis en place entre Paris et Genève via un mécanisme de compensation, Simon P., 47 ans, a été arrêté le 20 décembre à l’aéroport de Roissy, à sa descente d’avion en provenance de Tel-Aviv, a révélé Le Monde mercredi sur son site internet. Franco-Marocain, il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis au mois d’octobre par la justice française.

Selon les enquêteurs, qui l’ont traqué pendant plusieurs mois, Simon P. serait un personnage clé du réseau démantelé en octobre dernier par les polices française et suisse, dans le cadre de l’opération baptisée «Virus». L’opération avait conduit à l’interpellation de 17 personnes en France et de trois à Genève, dont deux frères, deux financiers de la place, respectivement administrateur délégué de la société de gestion de fortune GPF et gestionnaire chez HSBC.

Avec la complicité d’un troisième frère à Paris – sous les verrous lui aussi –, les deux frères sont suspectés d’avoir usé d’un système de compensation qui consistait à remettre, à Paris, de l’argent liquide provenant du trafic de drogue à des clients désireux d’échapper au fisc, tout en débitant leurs comptes en Suisse de montants équivalents pour créditer, via un montage complexe, les gros bonnets du trafic de cannabis (LT du 11.10.2012).

Prévenus de blanchiment en bande et par métier, d’infraction à la loi sur les stupéfiants et de faux dans les titres, les deux frères sont toujours en détention provisoire à Champ-Dollon. Ils ont admis s’être servis du système de compensation mais ont toujours contesté avoir su que les billets remis à Paris pouvaient provenir d’un trafic de drogue.

Chaînon manquant

L’arrestation de Simon P. est une étape importante de l’enquête. Il semble être le chaînon manquant entre les trafiquants de drogue et les financiers. Contacté mercredi, le premier procureur genevois Yves Bertossa est formel: «Nous présumons que Simon P. est quelqu’un de haut placé dans ce réseau.»

Lors d’une première audience de confrontation entre les deux financiers genevois, menée le 16 novembre par le premier procureur et le procureur Claudio Mascotto, l’ancien administrateur délégué de GPF – aujourd’hui radié – avait affirmé avoir été entraîné dans l’univers de la compensation par Simon P., un «ami d’enfance» croisé lors d’une soirée parisienne, à qui il aurait eu le tort de faire confiance. Selon l’ancien responsable de GPF, c’est Simon P. qui aurait proposé le système de compensation.

Le rôle précis des différents protagonistes reste à établir. Mais selon Le Monde, qui cite une source policière, Simon P. «était en contact avec les exportateurs marocains des produits stupéfiants». Le quotidien français, qui rapporte également des écoutes téléphoniques effectuées par les enquêteurs en France, affirme encore que Simon P. et l’ancien responsable de GPF savaient les risques qu’ils encouraient lors des transactions illicites. En août 2012, interrogé par l’ancien responsable de GPF sur une question de comptabilité, Simon P. lui répond ainsi: «Toi encore, tu peux noter. Moi, je ne peux pas noter, c’est dangereux ici, tu le sais très bien! Moi, dès que tu confirmes, je déchire.»

Les enquêteurs estiment le produit du trafic de cannabis blanchi par le réseau franco-suisse à quelque 40 millions d’euros.