Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, «répondra le 12 janvier à Christoph Blocher». Ce soir-là au Schauspielhaus de Zurich, les deux hommes débattront en public de la question «Où va l’intégration européenne?»

En attendant, le premier ministre luxembourgeois ne veut pas envenimer la polémique née d’une phrase prononcée dans son interview à Die Zeit («C’est une absurdité stratégique que cette tache blanche au milieu de l’Europe»). Des propos que Christoph Blocher a assimilés sur sa chaîne TV sur Internet, Teleblocher, aux menaces proférées par Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale contre le «porc-épic» suisse.

Jean-Claude Juncker a dû moyennement goûter la comparaison. En effet, ainsi qu’il l’évoque dans son interview, son père et trois oncles furent enrôlés de force dans l’armée allemande après que Hitler eut envahi puis annexé le Luxembourg (1940 et 1942). «Ce drame, le fait qu’on ait volé sa jeunesse à la génération de mon père, est un des motifs de mon engagement», ajoute le président de l’Eurogroupe.

Remise dans son contexte, la phrase isolée par Christoph Blocher n’a pas le caractère menaçant que celui-ci lui prête. Peer Teuwsen, responsable des pages suisses de Die Zeit, commence l’interview par une question-provocation: «On dit que si la Suisse devait rejoindre l’Union européenne un jour, c’est que cette dernière n’existerait plus. Représentez-vous un projet en train de périr?»

«Absurdité géostratégique»

A quoi Jean-Claude Juncker répond: «La Suisse représente-t-elle un projet en pleine ascension? Il ne me semble pas. Je souhaite que la Suisse adhère à l’Union européenne, tout en sachant que son peuple souverain s’y oppose encore. L’UE serait plus complète ainsi. C’est en effet une absurdité géostratégique que cette tache blanche au milieu de la carte européenne.»

«Les Suisses de l’UE»

Juste après, le premier ministre luxembourgeois dit qu’une adhésion de la Confédération à l’UE y injecterait «une dose substantielle de sens commun» tout en «stabilisant» la Suisse. «Mais, venant moi-même d’un petit pays, je sais que ceux-ci n’aiment guère les appels de l’extérieur, ajoute-t-il. Je connais bien la Suisse et l’apprécie. J’aime sa résistance têtue quand on exige des petits pays qu’ils reprennent sans examen préalable les prescriptions des grands. Je suis favorable à une adhésion suisse, car nous nous sentirions moins seuls. Nous, Luxembourgeois, sommes les Suisses de l’UE.»

Il faut être Christoph Blocher pour lire dans ces propos ceux d’un ennemi comparable à Hitler. D’autant plus que le Luxembourgeois était dans le même camp que la Suisse pour lutter contre l’échange automatique d’informations en matière fiscale. Il a critiqué à cette occasion les pressions du ministre allemand Peer Steinbrück, bête noire des Suisses: «Je n’admets simplement pas que des Allemands, vu le destin de notre pays dans la Seconde Guerre mondiale, parlent ainsi de nous – ou des Suisses.»

Encore une fois, sont-ce là des propos anti-helvétiques? Evidemment pas. Mais la phrase qui a véritablement irrité Christoph Blocher est peut-être ailleurs. C’est celle où Jean-Claude Juncker, évoquant l’UDC et son nouveau projet de sortir de l’Espace Schengen, dit ceci: «Celui qui se retire partout se retrouve seul un jour. La position de l’UDC est fondamentalement rétrograde et sans perspective.»