VAUD

Le blues sportif de la Lausanne olympique

La «capitale mondiale du sport» voit ses clubs-phares patauger dans les difficultés.

Le contraste est saisissant. D'un côté il y a la capitale olympique, titre acquis officiellement en 1994 des mains de Juan-Antonio Samaranch lorsqu'il régnait encore sur l'olympisme mondial. C'est le côté pile. Tout y brille, ou presque. Lausanne compte une concentration unique au monde de fédérations sportives sur son territoire - 17 fédérations internationales ainsi qu'une vingtaine d'organisations comme le Tribunal arbitral du sport (TAS), le siège européen de l'Agence mondiale antidopage (AMA), etc. Sans compter le CIO.

Signe de ce succès, la Maison du sport international, à Vidy, regroupe une partie de ces fédérations et est aujourd'hui pleine comme un œuf, tant et si bien qu'un quatrième bâtiment devrait voir le jour pour permettre à la structure de se développer. Selon une étude à paraître prochainement, les fédérations sportives présentes sur le territoire vaudois ainsi que le CIO engendreraient environ 200 millions de francs de retombées économiques par an. Autre signe du succès de la «capitale mondiale du sport», comme ses édiles aiment l'appeler, l'organisation régulière de championnats mondiaux de différentes disciplines. Témoin les Championnats d'Europe de gymnastique artistique masculine qui auront lieu au début mai.

Salle indigne

Passons du côté obscur. Celui qui voit depuis des années les clubs les plus populaires de la ville se débattre dans des difficultés sans cesse renouvelées, comme s'ils étaient pris dans les sables mouvants. En football, le Lausanne-Sport (LS) se bat aujourd'hui pour échapper à la relégation en première ligue (3e division), devant des assistances presque confidentielles qui font passer le stade de la Pontaise pour un paquebot à la dérive, de plus en plus délabré par ailleurs. En hockey, le Lausanne Hockey Club (LHC) rêve encore et toujours d'une promotion en ligue nationale A (première division) tout en continuant à décevoir saison après saison son incroyable et fidèle public toujours derrière son club même si celui-ci ne lui a sportivement rien offert depuis longtemps. En basket, le club s'est maintenu en première division, non sans mal, mais continue à jouer dans une salle parfaitement indigne de ce niveau et ce dans un relatif anonymat.

Le LUC, contre-exemple

«N'oubliez pas le LUC!» Il faut en effet se tourner vers le Lausanne Université Club (LUC), section volley-ball, pour rencontrer des sportifs lausannois heureux: après treize ans de disette, le club qui parfois se confond avec Georges-André Carrel, directeur des sports de l'UNIL et l'EPFL, vient en effet de renouer avec le titre de champion national, en y rajoutant en sus la Coupe de Suisse. Un succès qui est le fruit d'une philosophie suivie depuis des décennies (lire encadré).

La capitale olympique est-elle donc seulement une capitale administrative qui doit se contenter de regarder à la télévision les autres pratiquer le sport de haut niveau? Patrice Iseli, chef du Service des sports de la ville, nuance cette vision. «Il faut d'abord rappeler que le sport populaire comme les 20 kilomètres de Lausanne ou le marathon enregistrent chaque année des records de participation. Quant aux clubs-phares, je constate que, tant pour le LHC que pour le LS, les situations administratives et financières des deux clubs sont bonnes et ce pour la première fois depuis longtemps.» La ville propose d'ailleurs d'augmenter les subventions aux secteurs formation des clubs qui ont des équipes en première et deuxième division ainsi que la gratuité des installations municipales. «C'est à ma connaissance unique», dit Patrice Iseli, qui reconnaît qu'en termes d'infrastructures, une «capitale» a besoin de signes visibles qui n'existent pas aujourd'hui. «Aujourd'hui, la volonté de modifier ce constat est-là», dit Nicolas Imhof, chef du Service des sports du canton, qui augmentera lui aussi ses subventions (de 400000 à 800000 francs) via le Fonds du sport alimenté par la Loterie romande).

Stade d'athlétisme à la Blécherette?

Les projets ne manquent en effet pas et font écho à l'immobilisme qui a perduré durant des décennies à Lausanne en matière d'infrastructures sportives. Ainsi, la Ville souhaite construire un nouveau stade de football au sud de Lausanne, une piscine olympique, un boulodrome et un nouveau stade d'athlétisme. Des projets aujourd'hui attaqués par la menace d'un référendum populaire lancé par un groupe citoyen opposé à la destruction du stade de la Pontaise. Pour tenter de désamorcer cette menace, la Ville étudie actuellement l'implantation du nouveau stade d'athlétisme sur le plateau de la Blécherette, qui pourrait être un jour voisin d'une future salle de sport spectacle. Ces infrastructures rêvées sont destinées à tous les clubs, rappelle Marc Vuilleumier, municipal des sports. Mais certains clubs-phares, comme le Lausanne-Sport, subiraient soudainement un «coup d'accélérateur», dit-il, si un nouveau stade lui était offert.

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