La BNS conservera son indépendance

Métal précieux 77,3% de l’électoratet tous les cantonsont rejetél’initiative sur l’or

Le comité UDC est déçu et veut garder un œil sur la banque

Les adversairesse réjouissent d’avoir déjoué les viséesdes spéculateurs

La BNS ne doit pas être mise sous la tutelle de la politique. C’est le message très clair que le peuple et les cantons ont adressé au comité satellite de l’UDC, qui a tenté d’imposer un corset serré à la banque centrale. L’initiative «Sauvez l’or de la Suisse» a été rejetée par 77,3% de la population et la totalité des cantons. Le non le plus cinglant vient du canton de Vaud (83%), alors que le plus «timide» s’est exprimé au Tessin (66,7%). Il s’élève à 80,6% dans le Jura, 80% à Neuchâtel, 78,8% en Valais, 78,7% à Fribourg, 78,4% à Berne et 76,5% à Genève.

La BNS ne devra pas changer de politique. Elle ne sera pas contrainte de rapatrier les 300 tonnes d’or qu’elle entrepose au Canada et en Angleterre. Elle ne devra pas non plus garantir que ses réserves sont en permanence constituées d’au moins 20% d’or, un métal précieux qu’elle aurait en outre eu l’interdiction de revendre si le oui l’avait emporté.

La BNS prend connaissance «avec satisfaction» de ce résultat, déclare-t-elle dans un communiqué diffusé dimanche soir. Elle constate qu’elle pourra poursuivre sa politique monétaire, qui consiste à «assurer la stabilité des prix en tenant compte de l’évolution de la conjoncture». L’adoption de l’initiative «aurait fortement entravé l’accomplissement de ce mandat». Le cours plancher entre le franc et l’euro reste au centre de sa stratégie. «A cette fin, elle est prête à acheter des devises en quantité illimitée. Si nécessaire, elle prendra des mesures supplémentaires», ajoute-t-elle.

La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf est tout aussi soulagée. «La stabilité du franc dépend de la crédibilité de la politique monétaire de la BNS et non d’un lien à l’or. Nous avons pu démontrer que l’or avait perdu le rôle central qu’il jouait pour la politique monétaire il y a 30 ou 40 ans. La stratégie du taux de change minimal peut être poursuivie. Un changement de cap aurait été dangereux pour les exportations et pour toute l’économie», commente-t-elle.

Le non cinglant de dimanche est aussi motivé par le risque spéculatif que comportait l’initiative. Des financiers actifs sur le marché de l’or, suisses et étrangers, s’étaient immiscés dans la campagne (LT du 07.11.2014). Ils avaient récolté des fonds pour la soutenir et avaient milité pour un achat massif d’or en prévision d’un possible oui. L’effet sur le cours du métal avait même obligé l’institut gfs.berne à différer la publication du dernier sondage sur cette initiative. Toutefois, vendredi, les marchés ont anticipé le non, le cours de l’or baissant de 2% à 1166, 60 dollars l’once.

La mise en échec des spéculateurs est l’un des motifs de satisfaction du comité interpartis qui a combattu l’initiative. «Les bailleurs de fonds de la campagne du oui n’étaient pas intéressés par l’indépendance de la Suisse mais uniquement par leurs propres bénéfices», rappelle-t-il dimanche.

L’initiative n’a pas fait que séduire des investisseurs. Elle a aussi inspiré des mouvements nationalistes tels que le Front national. Dans une lettre ouverte adressée au gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, Marine Le Pen a demandé un «audit des réserves nationales» et invité l’institut financier à rapatrier la totalité des réserves d’or se trouvant à l’étranger et à interrompre tout programme de vente de métal précieux. C’est exactement ce qu’exigeait l’initiative suisse pilotée par Luzi Stamm, Ulrich Schlüer et Lukas Reimann, tous membres de l’UDC.

Dimanche, Luzi Stamm s’est dit «déçu du résultat par rapport aux sondages». Selon lui, l’intervention de la BNS dans la campagne a rendu le combat «difficile». «Mais ce résultat n’est pas un chèque en blanc», avertit-il. Il souhaite que la population et le monde politique continuent de garder un œil sur la BNS, à qui il reproche «de suivre dangereusement les Etats-Unis» et de «gaspiller les réserves d’or de la Suisse et la fortune du peuple».

La campagne sur l’or de la banque centrale pose encore la question de l’attitude de l’UDC. Officiellement, le parti a recommandé de rejeter l’initiative. Mais ce fut très serré et, surtout, la direction de l’UDC a laissé ses sections cantonales – en l’occurrence quinze – semer le trouble en adoptant un mot d’ordre inverse. La position du parti a ainsi été ambiguë tout au long de la campagne, au point que l’on ne savait plus s’il était pour ou contre la mise sous tutelle de la BNS.

L’attitude de l’UDCa été ambiguë tout au long de la campagne. Quinze de ses sections étaient pour l’initiative