Eboulement

A Bondo, la montagne menace de tomber à nouveau

La pluie accentue les risques de nouvelles coulées de boue dans le Val Bregaglia

Le village de Bondo n’est pas au bout de ses peines. Une semaine après l’éboulement qui a enseveli huit randonneurs dans le Val Bregaglia, une nouvelle chute de roches s'est produite durant la nuit de jeudi à vendredi, suivie d'une coulée de boue. D'autres pourraient suivre, dans les jours ou les semaines à venir. Entre le 23 et le 25 août, trois millions de mètres cubes se sont détachés de la paroi du Piz Cengalo, dans le massif du Bergell. Mais il restait encore deux millions de mètres cubes de paroi instables, susceptibles de s’effondrer à tout moment, expliquait jeudi Andreas Huwiler, géologue auprès de l’Office des dangers naturels des Grisons. La pluie assombri le tableau: les fortes précipitations favorisent le déclenchement de nouvelles coulées de roche.

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Plusieurs équipes de spécialistes se relayent pour garder un oeil sur le Piz Cengalo, qui culmine à 3369 mètres d’altitude. Des professionnels en analyse de risques naturels ont été dépêchés pour mesurer les oscillations de la roche à l’aide de lasers. Tandis que des spécialistes de montagne de l’armée surveillent l’arrivée d’une nouvelle coulée de boue. A Bondo, une quarantaine d’employés de la construction et de civilistes s’activent pour déblayer les 200 000 mètres cubes d’éboulis qui ont dévalé jusqu’au village - l’équivalent de 200 maisons familiales. Objectif: évacuer rapidement le bassin de rétention destiné à retenir les laves torrentielles. «Certains cailloux sont aussi gros qu’un camion. Il faut d’abord les faire sauter avant de les évacuer. C’est un travail d’Hercule», explique Christian Gartmann, porte-parole de la commune de Bregaglia, à laquelle appartient Bondo. Un système d’alarme permet aux employés d’être avertis en cas de nouvel éboulement. «Ils auront quatre minutes pour quitter les lieux».

«La catastrophe est encore en cours»

Quant aux 120 habitants de Bondo évacués le 23 août, ils doivent prendre leur mal en patience. La plupart ont trouvé un logement temporaire au domicile de proches ou des connaissances, dans les communes voisines. «C’est loin d’être terminé. Nous sommes au coeur de la catastrophe. Certains habitants ont tout perdu et sont plongés dans l’incertitude. Mais ils se montrent patients. Ils vivent dans la montagne, ils savent qu’elle fait ce qu’elle veut», souligne Christian Gartmann. L’événement a suscité un élan de solidarité qui s’étend au-delà de la vallée: la Chaîne du bonheur a ouvert un compte pour Bondo et annoncé une aide immédiate de 260 000 francs pour les particuliers et les PME qui ont subi des dégâts.

Les villageois s’attendaient à voir la montagne leur tomber sur la tête. Bondo fait déjà l’objet d’une surveillance depuis 2011, après un premier éboulement. En décembre, cette année-là, 1,5 million de mètres cubes de roches s’étaient déjà effondrés de la paroi du Piz Cengalo. L’événement n’avait pas nécessité d’évacuation, mais il suscitait déjà la curiosité des scientifiques: «Nous avons retrouvé de la glace dans les éboulis, ce qui signifie que le dégel du pergélisol n’explique pas à lui seul la chute de la roche», souligne le géologue Andreas Huwiler. Depuis, le Piz Cengalo fait l’objet de recherches, menées par le canton et la communauté des régions alpines Arge Alp.

Une coulée de boue imprévue

Le système de surveillance mis en place depuis 2011 a permis de prévoir le nouvel éboulement et déclencher le système d’alerte à temps pour évacuer le village. Ce qui a surpris les observateurs, cette fois, c’est la coulée de boue: «Nous n’avions pas prévu qu’elle se produise instantanément et dans cette ampleur», explique Andreas Huwiler. Les scientifiques tentent désormais d’expliquer l’origine de cette lave torrentielle. Quelques jours seulement après la catastrophe, ils ont peu de certitudes. «Des événements similaires ont été observés dans les Andes. Mais, à ma connaissance, ce phénomène ne s’était encore jamais produit ainsi en Suisse. Nous ne savons pas d’où vient l’eau. Peut-être du glacier en contrebas, ou de failles dans la roche. Mais de nombreuses autres hypothèses sont étudiées», souligne le géologue.

Dans un dossier mis en ligne jeudi par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), les autorités fédérales attribuent le phénomène au réchauffement climatique: «Le dégel du pergélisol (à une altitude de plus de 2500 mètres) – et par conséquent le réchauffement climatique – a joué un rôle dans ce processus», écrit la Confédération. Le géologue cantonal, lui, se montre plus prudent: «Les éboulements résultent de multiples facteurs, dont certains remontent à des dizaines de milliers d’années. Le réchauffement est sans doute l’un d’entre eux, mais on ne sait pas quelle influence il a eu exactement». Le Piz Cengalo, qui n’a pas livré tous ses secrets, restera au coeur de l’attention des géologues au cours des prochaines années.

Voir aussi: les images satellites de Bondo, avant et après la catastrophe

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