Le Temps: Les comptes fribourgeois sont positifs pour la troisième année consécutive. Quel est votre secret?

Claude Lässer: Ce résultat ne cache aucun secret. Il faut se rappeler que Fribourg a mis sur pied des programmes d'économie, d'amélioration des perspectives financières, qui, souvent, ne sont pas très spectaculaires, mais permettent de rétablir la situation. Nous nous sommes aussi dotés d'instruments techniques très forts – notamment la cote d'alerte. De manière générale, disons simplement que la budgétisation se fait le plus honnêtement possible, en essayant de prendre en compte tous les risques.

– Ces bons résultats sont-ils réalisés au détriment d'un appareil étatique qui apparaît parfois squelettique?

– Non, on ne peut pas dire ça. Nous accomplissons les tâches essentielles de l'Etat. Il est vrai qu'en comparaison intercantonale, l'appareil étatique fribourgeois n'est pas surdimensionné… Mais la situation assez saine de nos finances a un coût; elle s'explique avant tout par une charge fiscale élevée. Celle des personnes physiques représente un tiers de plus que la moyenne helvétique.

– Après cet excellent exercice 2004, les contribuables fribourgeois vont-ils avoir droit à une baisse d'impôts?

– Il y a déjà eu une diminution d'impôts en 2004, notamment pour les familles (splitting, augmentation des déductions pour les enfants et frais de garde). Et cette année, les impôts ont baissé de 2%. En outre, dans nos planifications financières, une réduction de la charge fiscale est intégrée jusqu'à l'horizon 2008.

– La bonne santé financière du canton signifie-t-elle qu'un investissement comme le pont de la Poya est désormais possible?

– La réalisation du pont de la Poya, si elle a pris un peu de retard, n'est pas du tout liée à la situation financière de l'Etat. Je suis convaincu que cette liaison routière va s'effectuer. Simplement, elle est inscrite dans les routes principales suisses – ce qui signifie une participation de la Confédération. Or cette dernière a toujours déclaré qu'elle ne prenait pas part à deux projets simultanés dans le même canton. Et à Fribourg, la priorité en la matière, c'est la route de contournement de Bulle. Par ailleurs, quel que soit l'état des finances, il ne serait pas raisonnable de mettre en chantier deux grands projets en même temps.

– Dans quelle mesure l'or de la BNS influencera-t-il les comptes 2005 de l'Etat de Fribourg?

– Un problème va se poser: actuellement, le bénéfice de l'or de la BNS rapporte à Fribourg 100 millions par an. Seulement, la part liée à l'or qui a été vendu va tomber. Cela représente de 15 à 20 millions en moins dans nos futurs comptes annuels, qu'il faudra bien compenser. Quant aux 757 millions qui nous reviennent, j'espère pouvoir les utiliser pour réduire la dette de façon importante. Il est temps qu'on puisse mettre les priorités sur d'autres secteurs que le paiement des intérêts de cette dette.