Diplomatie

Bons offices: après Donald Trump, Ueli Maurer rencontre Vladimir Poutine

Le président de la Confédération abordera ce jeudi la situation dans le Caucase avec le président russe

Donald Trump et Vladimir Poutine la même année: alors qu’on le dit moins attiré par les voyages diplomatiques que ses collègues, Ueli Maurer aura accroché au tableau de chasse de son année présidentielle les leaders américain et russe. Président jusqu’au 2 décembre de la Commission de politique étrangère du Conseil des Etats, Filippo Lombardi (PDC/TI) attribue ces rendez-vous aux missions de bons offices exercées par la Suisse. La rencontre entre Donald Trump et Ueli Maurer à Washington en mai, qui a été complétée par des entretiens entre le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, et le chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Ignazio Cassis, avait notamment pour but de parler de la médiation que la Suisse exerce entre les Etats-Unis et deux pays spécifiques: l’Iran et le Venezuela.

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Ce jeudi, Ueli Maurer parlera avec Vladimir Poutine de la Géorgie. Moscou et Tbilissi ont rompu les relations diplomatiques en 2008. Depuis lors, la Suisse exerce un mandat de puissance protectrice entre les deux pays. «Elle a joué jusqu’à maintenant un rôle déterminant dans la trêve et les négociations qui ont suivi, notamment grâce au rapport établi par la diplomate suisse Heidi Tagliavini», relève Filippo Lombardi, qui copréside plusieurs intergroupes parlementaires attachés à l’entretien de bonnes relations avec la Russie, la Géorgie, l’Ukraine et le Kazakhstan.

Il suit avec intérêt – malgré sa non-réélection au Conseil des Etats – la visite de deux jours qu’Ueli Maurer effectue en Russie et au Kazakhstan. La Géorgie souhaite récupérer l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, deux territoires devenus autonomes en 1992 dont l’indépendance est reconnue par la Russie mais pas par le gouvernement de Tbilissi. Selon Filippo Lombardi, Ueli Maurer devrait discuter avec Vladimir Poutine des négociations menées à Genève pour résoudre des problèmes de douane, de visas, de passages de frontières, de circulation des personnes et de vols directs. «L’économie géorgienne dépend du commerce avec la Russie. Les problèmes ne sont pas simples. La Suisse peut donner un coup de main», commente-t-il.

La Suisse souhaite participer au prochain G20

Et comme c’est avec le président Poutine que ces questions sont discutées, c’est le président de la Confédération qui fait les démarches plutôt que le chef du DFAE. Filippo Lombardi pense que les deux présidents évoqueront le souhait de la Suisse de participer à la prochaine réunion du G20, en novembre 2020 à Riyad. Ueli Maurer en a déjà parlé lors de sa visite en Arabie saoudite le mois dernier. «C’est la Russie qui, la première, a ouvert la porte du G20, en l’occurrence de son volet financier, à la Suisse en 2013. Depuis, elle a été régulièrement invitée», rappelle Filippo Lombardi. A Moscou, Ueli Maurer abordera aussi les conflits dans l’est de l’Ukraine et en Syrie.

Le Tessinois salue la «deuxième jeunesse» que semble vivre Ueli Maurer depuis qu’il a repris le Département fédéral des finances (DFF). «Il a deux bonnes cartes en mains. Les relations financières internationales sont très importantes dans le domaine de la fiscalité. Et sa seconde année présidentielle lui ouvre bien des portes», résume-t-il. Il le voit plus motivé à exercer ces contacts internationaux que durant sa première présidence en 2013.

«A l’époque, je présidais le Conseil des Etats et il m’avait demandé de le représenter pour deux engagements à l’étranger», se souvient-il. «Cette année, il s’en donne à cœur joie. Il est meilleur que ce que disent certains de ses adversaires», ajoute-t-il. Ueli Maurer laisse volontiers à Ignazio Cassis le dossier européen, enlisé depuis plus de deux ans. Il avait d’ailleurs annoncé la couleur en début d’année: il ne jugeait pas souhaitable de parler de l’accord-cadre avant les élections fédérales. «Si le Conseil fédéral paraphait cet accord avant cette échéance, cela déboucherait sur un crash. Nous devons éviter cela», confiait-il au Temps, tout en précisant qu’il faudrait sans doute aussi laisser passer la votation sur l’initiative lancée par l’UDC contre la libre circulation des personnes.

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