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Antoinette et Bruno de Weck, décembre 2016.
© photo eddy mottaz

Fribourg

Les bons services de la famille de Weck

La famille de Weck a marqué de son empreinte la vie politique, militaire, religieuse et civile du canton de Fribourg et de la Confédération. L’avocat Bruno de Weck ouvre les portes de la Grand-Rue. Premier volet de notre série sur les grandes dynasties romandes

Pays sans rois ni révolutions, la Suisse compte encore de grandes familles qui jouent, parfois depuis des siècles, un rôle central dans la société
Vieille noblesse, oligarchie bourgeoise, dynasties politiques ou industrielles: «Le Temps» raconte l’histoire de six lignées qui ont activement participé à la gloire des cantons romands.

Ils sont deux cents à figurer sur l’arbre généalogique: Louis, Charles, Ernest, Hippolyte, etc. Le plus connu de nos jours? Probablement Roger de Weck, directeur général de la SSR, dont le père, Philippe de Weck (1919-2009), fut directeur général puis président du conseil d’administration d’UBS. Les personnalités marquantes de cette grande famille fribourgeoise occupent plus de trois pages du «Dictionnaire historique de la Suisse». Car, de génération en génération, les de Weck ont marqué de leur empreinte la vie politique, militaire, religieuse et civile de leur canton et de la Confédération. Ils y ont occupé à peu près toutes les fonctions officielles répertoriées depuis le XVe siècle. A part celle de conseiller fédéral.

Une interview de Roger de Weck: «La SSR affronte une diminution sensible des recettes publicitaires»

Bruno de Weck nous reçoit

Avocat-notaire, Bruno de Weck nous reçoit dans l’appartement familial de la Grand-Rue à Fribourg, avec vue sur la vieille ville, les méandres de la Sarine et le monastère de Montorge. Cette Grand-Rue symbolise le patriciat fribourgeois. Après l’Hôtel de Ville et le discret Cercle de la Grande Société se succèdent les belles bâtisses historiques. Ceux qui y habitent tiennent souvent à préciser qu’ils logent du bon côté, le côté sud.

Chez Bruno de Weck, le calme règne en ce début d’après-midi. Il a sorti les archives de la famille. Enfin, une partie seulement. Car on ne résume pas dans un seul classeur l’histoire d’une des plus grandes familles du canton de Fribourg. L’arbre généalogique prend racine au XIVe siècle, avec Pierre du Borjat, alias Cugnyet, tailleur et messager à pied de l’Etat, qui a quitté la Gruyère pour s’établir à Fribourg. Devenu propriétaire, il a obtenu la bourgeoisie. Son nom de famille s’est germanisé lorsque Fribourg est entré dans la Confédération. Place aux Weck, dont le nom désigne une sorte de petit pain. La particule s’est greffée plus tard, en 1782. «A l’époque, les nobles n’avaient pas le droit d’exercer de charges politiques, résume Bruno de Weck. Ce droit leur est finalement accordé et, en échange, les patriciens comme nous ont obtenu celui d’ajouter une particule à leur nom de famille.»

Quatre branches, depuis quatre fils

A la fin du XVIIIe siècle, il ne restait plus qu’un seul de Weck. Mais il aura quatre fils qui constituent aujourd’hui autant de branches. Il y a les de Weck de Villars d’En Bas, de Villars d’En Haut, d’Onnens et des Bonnes-Fontaines. Le journaliste Roger de Weck, de la branche des Bonnes-Fontaines, et l’avocat-notaire Bruno de Weck, de Villars d’En Bas, sont ainsi de lointains cousins.

Mais pas si lointains que ça. Un conseil de famille réunit les de Weck une fois par année. «Depuis le début du XIXe siècle, une fondation portant notre nom, et dont tout le monde est membre, s’engage dans le domaine de l’éducation. Elle accorde des bourses aux de Weck qui traversent des difficultés financières. Il s’agit le plus souvent de descendants qui ont émigré en Amérique du Sud. La somme allouée dépend du nombre de demandes et notre fonds se monte à environ 600 000 francs. Nous avons également un fonds pour la conservation de notre patrimoine, afin qu’il ne soit pas éparpillé mais puisse être conservé dans la famille.»

Au fil du temps et surtout des alliances, ce patrimoine a évolué. Maisons en ville, demeures d’été, domaines à la campagne. Partage entre héritiers oblige, il s’est également dispersé. Parmi les biens parfaitement préservés: le manoir de Weck de Villars d’En Bas, à Pierrafortscha, qui fait l’objet d’un hors-série du Service des biens culturels. Son propriétaire actuel, Jean-Baptiste de Weck (1928-), est d’ailleurs une des figures de la famille. Bien connu des milieux culturels, il a fait sa carrière dans la diplomatie et occupé de hautes fonctions à l’Unesco. Il a notamment dirigé le siège de l’organisation à La Havane.

Un ministre plénipotentiaire

René de Weck (1887-1950) s’est lui aussi illustré par son engagement dans les affaires étrangères. A une autre époque et dans un tout autre style. Entre 1933 et 1945, il a été ministre plénipotentiaire de Suisse à Bucarest. Il s’est démarqué par son anti-germanisme. Durant cette période, le fin lettré qu’il était, écrivain et chroniqueur, tenait un journal, publié en 2001. Juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il écrivait: «Ça se gâte. Je commence à croire qu’Hitler est résolu, quoi qu’il arrive, à déclencher le grand casse-pipe universel. Sans doute il en crèvera. Mais combien d’autres avant lui! Et combien après!»

Les de Weck comptent dans leurs rangs bien d’autres personnalités. Ils ont été au service de la France et de Gênes, furent baillis, grands sautiers, bannerets, avoyers. Plus tard, six conseillers d’Etat fribourgeois ont porté ce nom. Louis de Weck (1823-1880) s’est engagé en faveur des transports et a permis l’achèvement de la ligne Lausanne-Fribourg-Berne. A Fribourg, une rue porte son nom: l’avenue Weck-Reynold, qui longe l’université Miséricorde. Bernard de Weck (1890-1950) a été l’initiateur de la construction du barrage de Rossens.

Un sens de l’engagement

«Les de Weck qui se sont engagés dans la politique ne l’ont pas fait pour s’enrichir mais pour se mettre au service de la communauté», confie Bruno de Weck. Sa propre épouse, Antoinette de Weck, suit ce chemin. Libérale-radicale, elle siège à l’exécutif de la Ville de Fribourg. Vice-syndique, elle est aussi chargée des Ecoles, des Affaires sociales et des Affaires bourgeoisiales. Brillamment réélue en mars dernier, elle s’est fait connaître loin à la ronde en 2006 pour son combat contre la construction du Théâtre Equilibre. A l’époque, la gauche et les milieux culturels ne l’ont pas épargnée. Mais avec le temps, ils sont nombreux à lui donner raison: la construction est brutale, tout comme l’aménagement extérieur. De plus, le budget voté n’a pas été respecté.

Les de Weck sont aussi avocats, banquiers, médecins, artistes, historiens. On découvre également dans leurs rangs une mathématicienne, Mimi Daniels, qui a obtenu sa licence en 1920 à l’Université de Fribourg. Et un footballeur, Edmond, surnommé Bégotz, qui a joué dans les années 20 avec Fribourg, Saint-Gall, Grasshopper et marqué un but pour l’équipe nationale.

Le droit dans le sang

Pour sa part, Bruno de Weck a le droit dans le sang, comme l’ont eu nombre de ses aïeux. Son grand-père Louis est l’auteur de la loi d’application cantonale du Code civil suisse. Son père, Nicolas, a présidé le Tribunal du district du Lac, à Morat. Mais il a également travaillé pour le Haut-Commissariat de la Société des Nations, comme secrétaire général de la présidence du Conseil du port et des voies d’eau de Dantzig. Son frère, Dominique, est avocat à Genève. Bruno et Antoinette de Weck ont deux filles: Joséphine, comédienne, et Clémence, également avocate, à Lausanne.

L’avocat de la nature

Bruno de Weck est connu pour être l’avocat de la nature. Il a présidé la section fribourgeoise de Pro Natura, s’est battu avec succès pour interdire la mise sous tuyaux des ruisseaux. En 1986, le Tribunal fédéral lui a aussi donné raison dans une affaire opposant la commune lacoise de Chiètres, qu’il défendait, au Conseil d’Etat fribourgeois à propos de l’implantation d’une gravière.
C’est aussi avec une certaine satisfaction que Bruno de Weck a accueilli le récent arrêt du Tribunal fédéral interdisant l’implantation d’éoliennes au Schwyberg, au-dessus du lac Noir. «Nos crêtes sont magnifiques. Il n’y a pas de routes d’accès à la zone en question. Il s’agit donc d’un des derniers refuges», plaide celui qui a suivi ce dossier de très près. Bruno de Weck a aussi été bâtonnier de l’Ordre des avocats fribourgeois.

On ne connaît pas de surnom à Bruno de Weck. Pourtant, c’est une particularité de la famille. Les mêmes prénoms jalonnant leur histoire, des sobriquets sont régulièrement attribués. Grâce à la biographie laissée par Maurice de Weck (1870-1939), on découvre que les de Weck s’appellent aussi Dado, Coco, Gamin, Crincrin, Jaquot, Poupon, Doudou. Comme tout le monde.


Sources

– Archives de la famille.
– «De Weck Maurice, sa famille, son monde (1870-1939)», une publication de la Société d’histoire du canton de Fribourg – voir la présentation en PDF.
Dictionnaire historique de la Suisse.

Dossier
Ces 6 grandes familles qui ont fait la Suisse romande

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