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Le boom du recyclage des invendus

A Genève, Partage récolte les surplus alimentaires . Trois mille personnes dans le besoin y trouvent de quoi se nourrir

Chaque année en Suisse, deux millions de tonnes de produits alimentaires aptes à la consommation passent à la poubelle. Une récente étude sur ce gaspillage, réalisée par João Almeida (Université de Bâle) et Claudio Beretta (EPFZ) et révélée par la RTS , confirme les études réalisées dans d’autres pays industriels. Les consommateurs apparaissent comme les premiers responsables, avec 46% des déchets jetés. L’industrie alimentaire vient en deuxième position, avec 27%, l’agriculture 17%, la vente en gros 2% et les magasins d’alimentation seulement 4%.

Ce faible pourcentage s’explique par le fait que des associations récupèrent les invendus des grandes enseignes. Elles redistribuent les denrées encore consommables, mais dont la date de vente est dépassée ou qui ont un problème d’étiquetage. A Genève, l’association Partage récupère sans cesse davantage de nourriture: elle prévoit de récolter 1400 tonnes pour 2012, une augmentation de 10% en un an.

Depuis sa création il y a sept ans, l’association s’est forgé une réputation auprès de grandes enseignes, fournisseurs et agriculteurs. Les surplus de nourriture continuent d’augmenter, ainsi que la demande des personnes dans le besoin. «On essaie de récupérer le maximum avec nos moyens», explique Vincent Gall, président de l’association. Neuf tonnes de produits parfaitement consommables sont récupérées chaque jour et redistribuées à 58 associations. «Il arrive pour certains produits qu’on ne puisse pas tout écouler à Genève. Dans ce cas, on les donne à des associations dans d’autres cantons», relève Vincent Gall.

Dans les locaux de Partage à Carouge, le stock de nourriture est impressionnant. Les caisses de paquets de pâtes envahissent les couloirs de l’entrepôt. «Ici, il y a 200 tonnes de produits secs», détaille Vincent Gall. Dans une des chambres froides, des milliers de bouteilles de jus d’abricot Andros. Même Procter & Gamble donne des shampoings par centaines. Des boissons comme du 7up sont récupérées également: «Ce n’est pas un produit de première nécessité mais, en échange, nous demandons 50% au fournisseur de ce qu’en coûterait la destruction.» Le président glisse d’ailleurs qu’il aimerait bien être rémunéré par les grandes enseignes. «Si nous n’étions pas là, toute cette nourriture à recycler ou à détruire en plus serait à leur charge.»

L’association peut compter sur les subventions et les contrats de prestations avec la ville. Certaines enseignes, comme Migros, représentent des soutiens concrets. «Ils ont par exemple formé notre personnel (en emploi de solidarité). Procter & Gamble a également créé notre site internet. Mais d’autres enseignes profitent un peu trop de notre association. On aimerait améliorer leur soutien», confie-t-il.

Dans un coin du local, deux chariots de pain sont prêts à être triés. Le pain constitue une part importante des déchets et du problème du gaspillage: 37% du total, selon Barbara Pfenniger, de la Fédération romande des consommateurs. L’association des Tables du Rhône (en partenariat avec Table Suisse et Table couvre-toi) récupère quant à elle deux caisses de pain par jour, «mais on pourrait remplir une camionnette si on le voulait», relève André Gex-Collet, président de l’association.

Pour Aline Clerc, le pain est un réel problème car très vite rassis, il n’est plus consommable. Cet aliment de base et d’autres denrées peuvent être donnés aux agriculteurs pour nourrir les animaux, ou transformés en engrais et biogaz. Manor cède par exemple, dans le canton de Genève, 500 000 tonnes de déchets organiques par année, destiné à être recyclés.

Ce lundi soir, Alain Gallay et Rachid Moumayezé sont chargés de récupérer les invendus à Manor Genève. En quinze minutes, à la fermeture du magasin, les caisses sont remplies de légumes, de fruits, de pâtisseries, de pain et de plats préparés. L’équipe aura rempli 32 caisses d’aliments encore consommables, mais il ne s’agit que d’une petite récolte. «Aujour­d’hui, les trois quarts des caisses n’ont pas été utilisées», note Alain.

Devant le magasin, un homme barbu en tee-shirt, parlant très peu français, tente de demander quelque chose à manger en faisant des signes à Alain et Rachid qui l’ignorent. «Il est là tous les soirs, soupire Alain. On lui a expliqué mille fois qu’il faut aller dans les associations, mais que nous, on ne peut rien lui donner.»

C’est dans l’une de ces associations, les Colis du cœur, qu’Alain et Rachid amènent finalement les invendus. Des litres d’huile, de soupe, des kilos de pâtes, des centaines de sauces, confitures, conserves et légumes n’attendent que d’être distribués. Car, malgré la montagne de nourriture, 1200 personnes en moyenne viendront le lendemain. Au total, près de 3000 personnes bénéficient des services de Partage. Ce sont souvent des familles vivant en dessous du seuil de pauvreté, mais il s’agit aussi de gens de la grande exclusion, de requérants, chômeurs, personnes âgées. «Ce sont surtout des familles monoparentales, remarque André Gex-Collet, mais je suis également étonné de voir beaucoup de jeunes à la recherche d’un emploi.»

Neuf tonnes de produits parfaitement consommables sont récupérées chaque jour

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