La bourde qui empoisonne l’Hôpital du Valais

Valais Une opération pratiquée sans feu vert du CHUV rallume la polémique contre Vincent Bettschart

Le chirurgien se défend et dit ne s’être même pas posé la question du coup de fil

Tous regrettent que Vincent Bettschart n’ait pas pris son téléphone pour appeler le CHUV. La conseillère d’Etat, le président du Conseil d’administration de l’Hôpital du Valais et l’expert mandaté par l’Etat pour faire la lumière sur les opérations de médecine hautement spécialisée. Mais Vincent Bettschart, qui reçoit Le Temps dans son bureau sous la supervision de la cheffe de la communication de l’hôpital, explique simplement que cela ne lui a pas traversé l’esprit.

La semaine dernière, le chirurgien de l’Hôpital du Valais – déjà sous le feu des critiques depuis six mois en raison de trois décès survenus après des opérations qu’il a pratiquées – a fait une œsopha­gectomie sans en informer le CHUV. Alors que l’expert mandaté par l’Etat du Valais, Jean-Jacques Houben, avait recommandé en décembre que ces opérations de l’œsophage se passent au CHUV et qu’un colloque interdisciplinaire entre le CHUV et l’Hôpital du Valais soit mis sur pied dès le 1er janvier 2014 pour tous les cas de médecine hautement spécialisée.

«Je déplore cet incident qui ­pollue le climat alors que nous ­sommes en train de réaliser un ­travail important qui demande la confiance des gens», déclare l’expert. Ce dernier avait prévu de passer une journée à l’hôpital ce mercredi 8 janvier, dans le cadre de son mandat. Informé du type d’opération prévu par Vincent Bettschart, il en a informé la conseillère d’Etat mardi soir, comme elle l’explique elle-même dans un communiqué. «Le professeur Houben m’a confirmé que la famille avait explicitement demandé que l’intervention soit effectuée à l’Hôpital de Sion et que le choix thérapeutique et l’indi­cation opératoire avaient été posés de manière adéquate», écrit-elle. L’opération a donc eu lieu. «Compte tenu du contexte difficile qui entoure la chirurgie de médecine hautement spécialisée à Sion, je déplore que ce cas de 2013 n’ait pas été discuté avec le CHUV», ajoute-t-elle.

Charles Kleiber, président du conseil d’administration de l’hôpital, regrette aussi que cela n’ait pas été fait mais souligne que Vincent Bettschart n’a enfreint aucune règle formelle en pratiquant cette opération sans en informer le CHUV. La prise en charge du patient ayant commencé le 19 septembre 2013, la décision d’opérer était antérieure aux accords de coopération signés avec le CHUV, explique l’Hôpital du Valais dans un communiqué. Ces accords précisent que «la convention de collaboration sera établie d’ici à la fin du premier trimestre 2014». Et non au premier janvier 2014, comme cela est mentionné dans le rapport d’expertise.

Provocation ou maladresse de la part de Vincent Bettschart? L’homme est en tout cas excédé par les polémiques qui se succèdent. «Ces recommandations d’un expert mandaté par l’Etat ont été communiquées au cours d’une conférence de presse mais je n’en ai jamais été formellement informé», lâche-t-il d’emblée. Ce que Charles Kleiber confirme.

«Je n’ai pas imaginé un seul instant qu’il soit possible de faire un tel montage amenant à affirmer que j’avais opéré illégalement», s’emporte Vincent Bettschart. Il met en avant le long processus de soin qui a été élaboré avec les nombreux autres intervenants médicaux et le patient, et les décisions qui ont été prises avec la participation active de ce dernier. «Cela ne m’a pas traversé l’esprit d’appliquer a posteriori des décisions prises pour l’avenir.»

Cette nouvelle polémique pourrait laisser penser que la collaboration en médecine hautement spécialisée avec le CHUV ne plaît pas à Vincent Bettschart, contraint à cette solution par Jean-Jacques Houben. L’expert belge a notamment été le premier à dire que la chirurgie de l’œsophage ne devrait plus se pra­tiquer à Sion, faute d’un nombre de cas suffisant. «L’Hôpital du Valais, dans le domaine de la médecine hautement spécialisée, doit faire un deuil, celui de son indé­pendance, pour accepter qu’il est dans une relation d’interdépendance avec le CHUV», estime Charles Kleiber. «Je me réjouis de mettre en place cette collaboration», affirme de son côté Vincent Bettschart. «Nous avons tous tout à y ­gagner, tant les patients que les ­soignants. La seule vraie question dans cette affaire, c’est la motivation de ceux qui, constamment, s’acharnent à détruire l’hôpital.»

Le départ de Vincent Bettschart n’apparaît pas comme une solution à la crise sans fin qui se cristallise autour de lui. «Dans les conditions actuelles, compte tenu de la pénurie en chirurgie viscérale, nous n’avons pas d’alternative crédible», souligne Charles Kleiber.

«La vraie question est de savoir quelle ­est la motivation de ceux qui s’acharnent contre l’hôpital»