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Un concert organisé par la «Maison des Générations» de Berne. 
© Burgergemeinde

Histoire

La Bourgeoisie de Berne à feu doux

Vestige de l’Ancien Régime, la commune bourgeoise reste teintée d’élitisme. A Berne, l’organisation a créé la «Maison des Générations», un lieu de rencontre ouvert à tous

Cet article fait partie de l'édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017.


 

Comme si le fédéralisme suisse, avec ses trois niveaux (Confédération, canton et commune) n’était pas suffisamment complexe, certains cantons possèdent un quatrième niveau: la commune bourgeoise, survivance de l’Ancien Régime. A l’origine, la Bourgeoisie réunissait les habitants originaires de la commune ou les anciens bourgeois, par opposition aux nouveaux habitants.

La nouvelle Constitution fédérale de 1848 changea la donne. Tout citoyen suisse, pour autant qu’il soit de sexe masculin, devint citoyen et eut la possibilité d’exercer ses droits politiques dans sa commune de domicile. Dès lors, les Bourgeoisies perdirent de leur importance.

Pétanque rassembleuse 

Preuve en est avec Mathieu et de Margrit, deux habitués de la Bourgeoisie de Berne. Tous les vendredis, ils jouent à la pétanque dans les jardins de cette maison baroque aux allures de palais. Margrit découvre avec surprise que Mathieu est bourgeois, tandis qu’elle ne l’est pas: ils n’avaient jamais abordé le sujet. Chaque année, quelque 40 nouveaux membres intègrent la Bourgeoisie.

Comme celle de Berne, certaines ont continué de prospérer, de jouer un rôle majeur dans le financement d’institutions sociales et culturelles. Elles contribuent au maintien des traditions et du patrimoine. Actuellement entité de droit public, la Bourgeoisie de Berne, qui réunit 10’561 femmes et 7’779 hommes, détient une fortune considérable : objets immobiliers, terrains forestiers et agricoles, banque, EMS, bibliothèque ou restaurants. Grâce à ses revenus immobiliers, elle peut financer divers projets sociaux et culturels. Sa dernière création est la «Maison des Générations», située à l’entrée de la vieille ville.

Brassage des générations

L’institution regroupe, en un même lieu, une garderie, une consultation pour jeunes parents, un établissement pour personnes âgées, un espace culturel, une chapelle, un centre de congrès, des bureaux pour des associations, un café bar associatif et un restaurant public. L’enjeu? Encourager les générations à se rencontrer et à échanger. C’est actuellement le projet phare de la Bourgeoisie de Berne. «Il a été préféré à d’autres plus lucratifs, comme un centre commercial, explique Henriette von Wattenwyl, chancelière et première femme à occuper ce poste. Il n’était pas envisageable que l’inscription qui figure sur le fronton de l’entrée Christo in pauperibus ouvre sur des boutiques de luxe.»

Car l’organisation vise avant tout à soutenir les plus faibles et à encourager la culture dans toute sa diversité, grâce à un patrimoine préservé et valorisé. «La Maison des Générations doit incarner cette mission», poursuit la chancelière. Malgré son utilité publique, la bourgeoisie continue de susciter une certaine méfiance. Il y a quelques années, son expropriation avait même été envisagée, comme c’est le cas aujourd’hui pour celle de Fribourg.

Héritage conservateur 

Cette réticence apparaît lors d’une rencontre avec Ursula et Elisabeth, deux jeunes retraitées, qui ont choisi le café bar de la Maison des Générations pour préparer un voyage en Californie. «Un Etat qui n’a pas voté Trump», soulignent-elles. En féministes affichées, les deux amies visiteront l’Université de Berkeley, berceau du post-féminisme. Seule la Bourgeoisie les divise. Tandis qu’Ursula souligne son utilité et la modernité de la Maison des Générations, Elisabeth met en avant le caractère conservateur, élitaire et peu transparent de l’organisation. Reproche connu pour Henriette von Wattenwyl qui souligne que toute personne peut faire acte de candidature.

Ouverture au public

Patric, un jeune père croisé à la sortie de la garderie, dont la famille habite Berne depuis longtemps, apprendra avec grande surprise qu’il est possible de devenir bourgeois. L’organisation est ouverte, mais l’appartenance est rarement signalée, sauf dans le cas des familles patriciennes que la particule distingue, par exemple, les von Graffenried, von Greyerz ou von Wyttenbach.

Till Grünewald, le directeur de la maison, musicien de jazz reconnu, est conscient du travail qu’il reste à faire pour que les échanges deviennent plus denses et insiste lui aussi sur la valeur symbolique de l’entrée commune. Toutefois, là où le directeur voit un signe d’égalité, d’autres ressentent une forme de passage sous le joug. Comme si la Berne cantonale et la Berne municipale étaient assujetties à la Berne bourgeoisiale…

Le 30 mars prochain, la Bourgeoisie remettra son prix de la culture, doté de 100’000 francs à la fondation Gosteli, dont l’objectif est de garder vivante la mémoire des nombreuses femmes qui se sont battues pour l’égalité en Suisse. Car comme le rappelle Henriette von Wattenwyl, «la tradition ne consiste pas à conserver des cendres, mais à entretenir une flamme». De quoi réconcilier Ursula et Elisabeth, les deux féministes du café bar?

Dossier
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