VAUD

Des bourses d'étude pour sortir les jeunes Vaudois de l'assistance

Le gouvernement a lancé la consultation sur un projet facilitant la formation professionnelle de jeunes bénéficiaires du revenu d'insertion. L'Etat seul en supportera le coût.

Le programme de législature du Conseil d'Etat vaudois en a fait une priorité: intégrer dans le marché du travail, et partant dans la société tout court, les jeunes de 18 à 25 ans dépendant du revenu d'insertion (RI). Toutefois, face à l'imperméabilité des systèmes et à l'enchevêtrement des sources de financement, il fallait de l'imagination, des synergies entre services ainsi que de la disponibilité à collaborer entre partenaires sociaux et économiques. Depuis hier, c'est chose faite.

Le Conseil d'Etat a lancé une consultation, jusqu'en septembre, sur un projet de réinsertion qui débouchera sur l'harmonisation des normes du RI et des bourses d'études. Pierre-Yves Maillard, Anne-Catherine Lyon, socialistes, et Philippe Leuba, libéral, se sont succédé pour expliquer l'alpha et l'oméga du plan préparé par leurs départements respectifs: Santé et action sociale, Formation et jeunesse, Intérieur. En deux mots, le but de l'opération est le suivant: «Apprendre à pêcher, au lieu de donner du poisson.»

Bourses d'études rehaussées

Confrontés aux 2100 jeunes adultes bénéficiaires du RI dans le canton de Vaud, dont sept sur dix ne peuvent pas compter sur un diplôme ou un CFC, le Conseil d'Etat a décidé d'universaliser le programme pilote d'insertion par la formation professionnelle (Forjad) créé en 2006. Ce programme encadre le transfert des jeunes au RI vers une école professionnelle ou un apprentissage, avec le partenariat des entreprises qui négocient avec les Centres sociaux régionaux des contrats d'apprentissage ou l'entrée dans des écoles professionnelles.

A ce jour, 238 personnes suivent le Forjad avec des taux de réussite réjouissants, a signalé Pierre-Yves Maillard. Bref, le gouvernement entend transformer le RI en voie directe vers une formation professionnelle quand elle fait défaut chez les jeunes de 18 à 25 ans. Les récalcitrants qui refuseraient de participer au programme pourraient encourir une baisse de 25% de leur revenu d'insertion. Si tout va comme prévu, le Forjad accueillera 800 inscrits dès la rentrée 2010.

Or, jusqu'à maintenant, le RI a assuré la couverture des frais du Forjad. Alors qu'en principe elle incombe aux bourses d'étude. Problème: ces dernières payent moins bien que le RI. Du coup, elles auraient tendance à dissuader les jeunes de quitter l'assistance, ont souligné à plusieurs reprises les trois magistrats. Pour éviter l'écueil, on harmonisera les normes du RI et des bourses d'étude, notamment pour les apprentis encore dépendants, vivant en famille.

En gros, de l'un à l'autre, le jeune ne verra pas la différence dans son porte-monnaie avec un gain notable; en revanche, son image sociale se redorera, comme l'a résumé Pierre-Yves Maillard: «Il était assisté, il deviendra boursier.» En même temps, cette amélioration du régime des bourses d'étude s'appliquera à tout le monde; à l'ensemble des 3600 boursiers dépendants actuels, comme aux candidats futurs. Histoire de conjurer toute discrimination.

Communes épargnées

Bien entendu, l'opération a un coût: 8,6 millions supplémentaires pour l'Etat à partir de 2010. C'est ici qu'il a fallu réorganiser, et Philippe Leuba l'a expliqué en long et en large, la répartition de la facture sociale: 900 millions au total. Supportée à parts égales par le canton et les communes. Elle ne devait surtout pas se traduire par une augmentation pour ces dernières. On connaît en effet la susceptibilité financière des communes, malgré l'accord «historique» signé en 2007, garant d'une péréquation permanente des charges.

Pour faire court, les bourses d'étude vont intégrer la facture sociale dont elles étaient exclues. En contrepartie, le Service de protection de la jeunesse (SPJ) et le Centre d'orientation et de formation professionnelle (Cofop) reviennent intégralement dans le giron de l'Etat. Grâce à cet arrangement et aux ajustements annuels des trois systèmes en fonction des variations de croissance, les communes ne débourseront pas un centime de plus.

Finalement, le canton a décidé de supporter une hausse de sa participation financière, avec l'espoir d'économies futures. Des jeunes formés, même au chômage un jour ou l'autre, auront davantage de chances de retrouver un emploi que de retomber au RI, a expliqué Anne-Catherine Lyon. Plus généralement, Pierre-Yves Maillard estime qu'il vaut mieux renforcer les prestations sociales subsidiaires, comme les allocations familiales, les subsides pour les primes d'assurances maladie ou les bourses d'étude, que de pousser fatalement toute une partie de la population vers l'assistance, donc vers la dépendance. Durant de longues périodes, et parfois jusqu'à la retraite. Le projet en consultation est un bon compromis, a-t-il conclu.

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