éditorial

Bourses d’études, l’indigne radinerie

Avec son initiative pour les bourses d’études, l’Union des étudiants de Suisse a fait un remarquable travail, face à l’indigne absurdité du système helvétique d’aides à la formation. Faut-il aller jusqu’à approuver le texte? En fait, il a déjà rempli son rôle

Avec son initiative en faveur d’une forte harmonisation des bourses d’études, l’Union des étudiants de Suisse (UNES) a réalisé un travail à la fois citoyen et militant, remarquable. Inlassablement, depuis au moins une décennie, et malgré les divisions internes qui l’ont parfois déchirée pour d’autres raisons, la faîtière estudiantine a creusé, documenté, puis dénoncé le scandale, c’en est un, des appuis à la formation en Suisse. Aucun politicien crédible ne peut prétendre qu’il n’y a pas de problème à ce sujet. Personne ne peut occulter le fait que les aides à la formation, en particulier supérieure, sont sujettes aux caprices des conseillers d’Etat, aux particularismes locaux, aux variations budgétaires – au point que 26 systèmes cohabitent de manière absurde, sans lien avec la réalité des étudiants. Et nul ne peut occulter le fait que dans l’ensemble la riche Suisse, qui vante tant la formation comme secteur d’avenir, se montre d’une indigne radinerie à l’égard de ses cerveaux en développement.

De toute évidence, la cruauté de l’histoire voudra que l’initiative UNES – soutenue par des recteurs, ce qui est rare – soit rejetée. Parce que les votants donneront leur confiance à la démarche des cantons. Mis sous pression par l’UNES, ceux-ci se sont enfin entendus sur un cadre général harmonisant les bourses d’études. Alain Berset s’en était emparé à titre de contre-projet, avant que Johann Schneider-Ammann ne réduise les ambitions.

L’initiative a sa générosité, mais aussi ses flous. Elle suscite quelques doutes fondés quant à sa mise en œuvre et aux coûts qu’elle occasionnerait. En outre, l’argument selon lequel l’acceptation du texte UNES démobiliserait les cantons, poussant à tout reprendre au point de départ, apparaît certes sottement pragmatique, mais il ne manque pas de pertinence.

Dans le pittoresque système helvétique et ses quatre dimanches de vote annuels, une initiative a d’abord pour but de mettre un sujet sur la table. De presser des autorités ronronnantes à lever les sourcils, et à bouger. De fait, la démarche n’a pas toujours pour vocation d’aboutir. En ce sens, l’initiative de l’UNES a parfaitement rempli son rôle.

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