C’est l’histoire d’une fraude vertigineuse. Durant des années, l’ancien boursier communal de Belfaux est parvenu à détourner d’importantes sommes d’argent. Ce mercredi, en conférence de presse, les autorités de ce village situé aux portes de la ville de Fribourg ont révélé que le préjudice se monterait au minimum à 6 millions de francs, soit deux de plus qu’annoncé au mois d’août, lorsque l’affaire éclatait au grand jour. Et ce n’est peut-être pas tout. «Des investigations complémentaires doivent encore être menées et pourraient faire apparaître d’autres montants», confirme le préfet de la Sarine, Carl-Alex Ridoré.

Placé en détention provisoire

Pour l’heure, le préfet ne souhaite pas communiquer davantage sur le mode opératoire ou les motivations de l’ancien boursier, l’instruction pénale n’étant pas terminée. Pour rappel, le 27 août dernier, à la suite des premiers éléments de l’enquête administrative ouverte en juillet par le Conseil communal [exécutif] de Belfaux, le Ministère public du canton de Fribourg plaçait l’ex-trésorier – il a démissionné de ses fonctions dans l’intervalle – en détention provisoire et ouvrait une procédure pour abus de confiance qualifié, faux dans les titres et éventuellement gestion déloyale. On parle alors de la mise sur pied d’un système complexe et très élaboré qui aurait permis au caissier de soustraire de l’argent depuis 2016, voire 2014.

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Reste que le montant détourné, 6 millions de francs, mis en rapport avec la taille de la commune, 3300 habitants et un budget annuel qui affiche un total de charges de 13 millions, pose de nombreuses questions. Devant la presse, accompagnée de l’ensemble de ses collègues de l’exécutif, la syndique Rose-Marie Probst n’a pas fui ses responsabilités: «La commune a bien sûr été la victime de son boursier, mais les mécanismes de surveillance n’ont pas fonctionné. Nous avons la ferme volonté de faire toute la lumière sur les défaillances constatées en matière de contrôle.»

Un coaching financier

Depuis septembre, une cellule d’accompagnement soutient la commune, ébranlée par la gravité des faits révélés. «Il a fallu notamment restaurer l’ensemble des structures comptables mises à mal par les irrégularités de l’ancien boursier», reconnaît Jacqueline Gury Racine, conseillère communale chargée du dicastère des finances. Il a fallu également reprendre à zéro les comptes de 2019 et les mettre en conformité, afin de pouvoir présenter un budget 2020 dans les délais légaux.

La perte de 6 millions aura, de plus, des répercussions financières. Le «trou» sera compensé en partie par un emprunt d’au maximum 5 millions de francs. Les autorités se veulent néanmoins rassurantes: la situation ne nécessitera pas d’augmentation d’impôts.

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Des malversations de cette ampleur demeurent rarissimes. Dans le canton de Fribourg, il faut remonter à 2004, au procès de l’ancien caissier de Vuisternens-en-Ogoz jugé pour un détournement de 3,4 millions de francs, afin de retrouver trace d’une affaire aussi retentissante. Mais le cas de Belfaux «met en lumière certaines limites de notre système de milice», selon les mots de la syndique Rose-Marie Probst, notamment dans les processus de contrôle de l’administration. L’élue en appelle à une plus grande professionnalisation. Selon elle, le processus de fusion des communes du Grand-Fribourg en cours pourrait être l’une des solutions.