Cinq explosions rapides, suivies, lorsque tout s'écrase au sol, d'un tremblement terrible qui vous fait quitter terre et penser à «Godzilla». Vendredi à Berne, à 15 heures précises, le stade du Wankdorf s'est écroulé sur lui-même, après que de savants artifices ont pulvérisé la base des mâts d'éclairage et du toit des tribunes: 300 charges en tout, répartissant 23 kg d'un explosif puissant à base de nitroglycérine. Mais le stade de légende a su résister aux coups du sort: contre toute pyrotechnique, un des quatre mâts est resté debout. Longtemps, la foule a retenu son souffle alors que le nuage de poussière se dissipait. Le silence espère, mais le béton ne vacille pas. Du haut de ses cinquante mètres, les flancs déchirés par la dynamite, le monstre a su tenir son public en haleine. Il faudra en effet presque une heure et demie pour qu'il tire enfin sa révérence. 90 minutes durant lesquelles un simple candélabre immortalisait les grandes heures du stade bernois.

Construit il y a septante-six ans, le Wankdorf est entré dans l'histoire un soir de juillet 1954, lorsque, gagnant à nouveau les faveurs du Dieu des stades, l'Allemagne marque 3 à 2 contre l'invincible Hongrie, et remporte le titre mondial devant 60 000 spectateurs. C'est sur sa pelouse aussi que la Suisse gagne, entre 1954 et 1975, contre la Hollande, la Hongrie, l'Italie et le Portugal. En 1993, elle s'y qualifie, en battant l'Italie, pour la coupe du monde 1994. Mais de tous les mollets qui se sont éreintés sur son frais gazon, c'est ceux des Young Boys qui ont donné au Wankdorf son charme et le parfum musqué de la victoire. Le 7 juillet dernier, Le Wankdorf a rendu à l'équipe bernoise la dernière monnaie de plusieurs décennies de transpiration victorieuse, lui permettant de marquer son retour en Ligue nationale A, en égalisant contre Lugano. A la fin du match, des centaines de supporters emportaient avec eux un souvenir de l'institution vénérée: un banc, une touffe de gazon ou quelques fragments de béton. Le Musée d'histoire de la ville de Berne a acheté les bancs et les armoires à habits du vestiaire, alors que la maison Adidas emportait les objets restants de la mythique garde-robe.

«Ça fait mal! C'est comme détruire sa propre maison»: depuis 1978, Ulrich Kocher est le photographe officiel des Young Boys. Durant vingt-trois ans, il a réalisé les posters de l'équipe, ses calendriers ou encore les cartes destinées aux autographes. Et vendredi, alors que le stade implosait, Ulrich Kocher oubliait son chagrin en se réjouissant du futur stade. «Ce sera génial! Avec un grand centre commercial et des sièges tout neufs», s'exclamait plus tôt dans la journée un taximan de la capitale.

Les travaux de construction du nouveau stade débuteront au début de l'année prochaine. Le site, qui ouvrira ses portes à l'été 2004, comptera 31 000 places assises et couvertes. Le nouveau Wankdorf sera construit sur les cendres de l'ancien et devra répondre aux critères de sécurité et de capacité édictés par l'UEFA et la FIFA, ceci afin de pouvoir accueillir un match d'ouverture dans le cadre de la Coupe du monde de football. Pour le championnat de Suisse, les places assises pourront être transformées en places debout, portant ainsi la capacité à 40 000 spectateurs. Budgété à environ 350 millions de francs, le projet prévoit également la construction près du stade d'un complexe multifonctionnel, renfermant des magasins, des restaurants, ainsi qu'une série d'appartements familiaux et des bureaux.