«Avec l'introduction d'une deuxième année d'école enfantine, il ne fait aucun doute que nous devrons construire un nouveau cercle scolaire.» Erika Schnyder, syndique de Villars-sur-Glâne, est une partisane convaincue du concordat HarmoS. Mais elle ne cache pas que ses conséquences pour sa commune (la troisième du canton, 11000 habitants) lui causent des soucis. Avec l'harmonisation scolaire au plan national, l'entrée à l'école devient obligatoire dès 4 ans révolus. Et chaque canton est tenu de garantir deux années de classe enfantine.

Une révolution

A Fribourg, c'est une révolution. En effet, avec Obwald, c'est le dernier canton à ne proposer qu'une année avant le primaire. Il s'agissait d'y remédier. Ce jeudi, le Grand Conseil se penchera sur le projet de loi relatif à la question. Le débat promet d'être chaud, en particulier en ce qui concerne les aspects financiers.

A Villars-sur-Glâne, Erika Schnyder sort sa calculette. «La commune devra ouvrir une quinzaine de classes supplémentaires, pour un coût annuel de 900000 francs, plus 150000 francs en frais d'accueil extrascolaire. Et, comme nos trois établissements actuels sont pleins, nous devrons en bâtir un quatrième.»

Pour une commune dont la situation financière est délicate (endettement par habitant de 9028 francs, un triste record en pays fribourgeois), le défi s'annonce ardu. La deuxième enfantine devrait être introduite dès 2009. A Villars-sur-Glâne, on repoussera l'échéance jusqu'à 2012. Au Grand Conseil, la députée Erika Schnyder se battra pour que le canton avance une aide de 60 millions aux communes pour la mise en place, plutôt que les 45 millions que le Conseil d'Etat propose sur la base d'une estimation réalisée pour cinq ans (LT du 28.08.2009).

Conseiller scientifique auprès de la Direction de l'instruction publique, de la culture et du sport (DICS), Patrice Borcard suit l'évolution du dossier: «C'est dommage que le volet financier focalise l'attention. Pédagogiquement, le projet est ambitieux, mais personne n'en parle.»

La DICS a ainsi retenu le principe de la classe à deux degrés. «Le mélange des âges favorise les compétences individuelles et sociales, comme l'intégration dans un groupe, le fait d'assumer des responsabilités, de gagner en assurance. Les enfants de langue étrangère ou présentant des difficultés pourront profiter durant deux ans du soutien de la ou des mêmes personnes», lit-on dans le message gouvernemental accompagnant le projet de loi.

«Une bonne chose»

Corine Yerly, enseignante enfantine à l'école des Rochettes, à Villars-sur-Glâne, est sensible à ces arguments. «L'introduction de cette deuxième enfantine est une bonne chose. En deux ans, il est possible de voir évoluer les enfants et de mettre l'accent sur les points susceptibles de les aider pour la suite de leur scolarité. Pour les allophones, c'est un atout. Ils disposent d'une année de plus pour maîtriser le français.»

L'enseignante est plus sceptique devant les classes à deux degrés. «C'est une idée intéressante, mais encore faut-il que les plus grands, censés accompagner les petits, soient en mesure de le faire réellement. A cet âge-là, les compétences sociales ne sont pas toujours optimales», avance-t-elle.

Corine Yerly se demande en outre s'il faut rendre obligatoire cette nouvelle année. «La proposer, c'est bien; l'imposer, je ne sais pas. Pourquoi ne pas laisser la possibilité aux parents qui le souhaitent de continuer à s'occuper de leurs enfants? Certaines personnes estiment que 4 ans, c'est trop jeune pour aller à l'école.»

Cette question promet d'être longuement débattue au Grand Conseil, les élus étant divisés. Pour Erika Schnyder, il s'agit d'un faux problème: «Des députés souhaiteraient garder le caractère facultatif jusqu'à l'entrée en vigueur d'HarmoS, laquelle interviendra en principe en 2014. Mais cela n'a pas de sens. Du moment qu'on harmonise les cursus, il faut le faire tout de suite.»

Des avis divergents

Ces tergiversations, bien helvétiques, laissent Hélène Madiès songeuse. Française installée à Villars-sur-Glâne, elle est membre du comité de l'association des parents d'élèves de la commune. «A titre personnel, j'estime que cela fait longtemps qu'on devrait avoir un système scolaire débutant à 4 ans. Je ne comprends pas pourquoi les autorités sont si lentes. C'est important pour la socialisation des enfants, ça répond à un besoin. De plus en plus de femmes travaillent et ne restent pas à la maison.»

Hélène Madiès précise aussitôt que son avis n'est pas partagé par tous les parents. Adriana Lopes Silva, également de l'association des parents d'élèves, relève pour sa part que l'introduction d'une deuxième année enfantine est positive, à condition qu'elle soit accompagnée des structures d'accueil extrascolaire idoines. L'école des petits n'excédera en effet pas cinq demi-jours par semaine. «La prise en charge en dehors des cours doit être assurée. Autrement, cela compliquera encore plus la vie des parents», lâche-t-elle.