Justice

Le braqueur de riches familles genevoises: «Un champion du plan foireux»

Pour la défense, ce spécialiste du home-jacking est surtout un brigand maladroit et émotif. Un portrait qui contraste avec l’image du dangereux récidiviste que le Ministère public veut faire enfermer pour très longtemps

Malgré sa longue carrière de pénaliste, Me Vincent Spira l’avoue: il n’en a pas eu souvent des comme lui. Ce client, c’est Samir*, le serial braqueur, spécialisé dans le home-jacking, et qui a eu le culot, ou alors l’imprudence, de revenir agresser encore une fois la famille d’un gestionnaire de fortune à son domicile de Collonge-Bellerive. «Il faut être bête», a plaidé la défense en dressant le portrait «d’un champion du plan foireux», très éloigné du dangereux récidiviste pour lequel le parquet a réclamé une mesure d’internement.

Maladresses en série

Un professionnel du crime? A bientôt 37 ans, dont la moitié passée en prison, le prévenu ne semble pas très doué en la matière. A peine sa libération conditionnelle obtenue en mars 2015, Samir se met en tête de retrouver la maison braquée quatre ans plus tôt. Selon le scénario privilégié par son avocat, il se trompe tout d’abord de villa et s’en prend à une autre famille de Corsier. Un mois plus tard, il trouve la maison tant convoitée, arrive sans porter de gants et signe son crime en appelant la propriétaire par son nom.

En plus de ce côté «pieds nickelés», le grand gaillard, armé d’un pistolet inoffensif, ne se montre pas d’une grande froideur. Il a des propos réconfortants pour une victime lorsque celle-ci panique, il laisse les bagues de fiançailles aux époux secoués, il tape dans le dos d’une jeune fille pour la rassurer, il laisse le fils en communication permanente avec ses parents lorsque celui-ci est contraint de le conduire en voiture à la frontière. Enfin, il donne même 100 francs au jardinier, son soi-disant otage emmené puis abandonné au bord de la route, afin qu’il puisse rentrer en taxi.

Mobile plausible

Ce comportement assez énigmatique fait dire à Me Spira que cet habitué de la délinquance est autre chose qu’une grosse brute. Jusqu’ici, Samir n’a jamais vraiment pris conscience du mal qu’il pouvait faire à ses victimes même en ne faisant preuve d’aucune violence physique. «Il vient de découvrir le concept de stress post-traumatique», souligne l’avocat en citant les observations du thérapeute qui suit le prévenu en prison et qui constate une évolution favorable.

L’argent facile n’est pas le seul moteur du braqueur, analyse son avocat. Samir a expliqué que deux caïds du coin, désormais décédés de mort violente, faisaient pression sur lui pour rembourser une dette. «Il n’y a pas d’autre mobile à ces actes suicidaires», ajoute Me Spira en demandant au tribunal d’y croire et de conclure que ce facteur contextuel stressant a eu un impact même léger sur sa volonté.

Au final, la défense estime que la peine de treize ans, requise par le Ministère public, est bien trop lourde. Et, surtout, qu’un internement n’est absolument pas justifié pour un tel profil. L’expert psychiatre a dit que Samir n’est pas un prédateur ultra-dangereux et qu’il est accessible à un traitement portant déjà ses fruits. Le spécialiste a enfin déconseillé le prononcé d’une telle mesure à durée indéterminée qui serait un obstacle à la dynamisation du processus thérapeutique. En clair, c’est une très mauvaise solution pour le prévenu.

Accolade judiciaire?

«Il est temps qu’il connaisse les foudres de la loi», avait dit plus tôt Me Romain Jordan, conseil du directeur de la prison de Champ-Dollon que Samir est accusé d’avoir menacé de mort. Cette partie plaignante réclame un tort moral pour la frayeur subie, «une sorte d’accolade judiciaire à l’endroit de la victime, un signal pour dire que cela ne fait pas partie du job».

Les juges trancheront ce jeudi.

*Prénom fictif


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