C’est un demandeur d’asile pas comme les autres qui a été attribué au canton de Berne le 14 novembre dernier. Ousman Sonko, ancien ministre de l’Intérieur de Gambie entre 2006 et 2016, est hébergé dans le centre de premier accueil de Lyss-Kappelen, dans le canton de Berne, depuis deux mois.

Or, selon les révélations de l’émission de la SRF Rundschau, cet homme, ancien bras droit du président désormais en exil Yahya Jammeh, aurait participé aux répressions organisées par le régime pendant vingt ans. Arrestations arbitraires, tortures et assassinats d’opposants au régime: il aurait su ce qui se passait et lui-même ordonné des crimes.

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Arrestation à la mi-journée

Après avoir déposé une demande d’asile – rejetée – en Suède, il aurait été renvoyé fin octobre en Espagne, son premier lieu d’enregistrement selon la procédure Dublin. Depuis là, il aurait pris le chemin de la Suisse. Alarmée, l’ONG Trial International a déposé une plainte pénale mercredi auprès de la justice bernoise pour torture. Le Ministère public Région Jura bernois-Seeland confirme jeudi matin avoir reçu la plainte. A la mi-journée, le Département de la police et des affaires militaires de Hans-Jürg Kaiser a indiqué qu’Ousman Sonko a été arrêté à Lyss et déplacé sans préciser le lieu exact de destination.

Cette arrestation était devenue urgente depuis que les journalistes de la Rundschau ont tenté d’interroger Ousman Sonko pour le confronter à leurs révélations. Le risque que l’ex-ministre prenne la fuite était important.

Une présence qui pose de nombreuses questions

La présence de ce personnage politique au passé flou dans la filière asile suisse pose une foule de questions. Le Secrétariat d’Etat aux migrations soumet des dossiers de demandeurs d’asile au Service de renseignement de la Confédération pour éviter justement que des criminels présumés ou recherchés passent par la filière asile.

Une enquête était-elle en cours pour procéder à l’arrestation de l’ex-ministre au moment des révélations médiatiques? Son renvoi était-il prévu et négocié avec l’Espagne selon les dispositions de l’accord Dublin? Pourquoi s’est-il écoulé deux mois depuis le dépôt de la demande d’asile d’Ousman Sonko et aujourd’hui sans que l’homme ne soit appréhendé? «Il est tout à fait possible que la Police fédérale, au dépôt de la demande d’asile d’Ousman Sonko en Suisse, ait commencé une enquête. Mais il est vrai que je doute qu’il faille deux mois pour arriver à en tirer des conclusions», affirme Denise Graf, coordinatrice asile auprès de la section suisse d’Amnesty International.

Le conseiller d’Etat bernois en charge de l’asile Hans-Jürg Kaiser (PLR) a appris par la Rundschau que son canton abritait Ousman Sonko. Il s’est étonné que la Confédération traite l’ex-ministre gambien comme un requérant comme un autre.