Jura

Bras de fer politique pour l'autonomisation d'un service d'Etat

Les autorités jurassiennes souhaitent rendre le Service des véhicules plus autonome pour qu'il rattrape ses retards. La gauche y voit un pas vers le démantèlement du service public. Le peuple tranchera le 28 février

C'est un scrutin qui mêle défense du service public, efficience, luttes politiques et règlement de comptes. Le 28 février, les Jurassiens décideront si, comme Fribourg et Neuchâtel, ils autonomisent l'Office cantonal des véhicules (OVJ), comme le préconisent le gouvernement à majorité de droite et le parlement (par 33 voix contre 24, selon la ligne de front gauche-droite).

Autonomisation ne signifie pas privatisation, l'Etat sera l'unique actionnaire du service, les employés conserveront l'échelle salariale de l'administration et le pouvoir politique continuera de définir la taxe automobile (le Jura est l'un des cantons les plus chers de Suisse) et les émoluments d'expertise ou d'acquisition du permis d'élève conducteur. Pourquoi vouloir sortir l'office des véhicules de l'administration cantonale ? Parce que dans les conditions actuelles, cet office accumule les retards: plus d'un an pour les expertises de voitures. Il manque au moins deux experts et une halle technique estimée à 600 000 francs. 

Pris dans les logiques d'économies d'Optima, le Jura qui voit son parc de voitures augmenter de 2% par an n'est pas en mesure d'augmenter les effectifs de l'OVJ (une quarantaine d'employés pour 27,3 EPT) et d'investir pour des installations techniques. L'autonomisation du service permettra les adaptations jugées nécessaires.

Les partisans de l'autonomie affirment que la mesure constitue le meilleur moyen d'éviter la privatisation des expertises. Le Jura, à l'instar des autres cantons, a jusqu'au 28 février 2017 pour rattraper son retard, sans quoi l'Etat devra faire appel à des sociétés privées, comme le TCS ou des garagistes. Le Jura jette un regard noir sur la pratique française, où l'Etat n'est plus seule structure d'homologation des voitures.

La gauche a fait aboutir le référendum avec 2178 signatures (2000 sont nécessaires). Alors que les partisans de l'autonomisation sont discrets, ses adversaires mènent une campagne acharnée contre ce qu'ils estiment être un démantèlement, estimant que le statut du personnel sera fragilisé ou que le site d'expertise de Porrentruy sera fermé.

Battu lors des élections cantonales de l'automne 2015, le PS entend redorer son blason le 28 février, se souvenant que les Jurassiens élisent à droite mais votent à gauche. Ainsi, le 3 mars 2013, contre toute attente, la gauche avait fait valider par le peuple le principe du salaire minimum. Fils d'un ancien employé de l'OVJ, le président du PS Loïc Dobler met une ardeur décuplée dans la campagne d'opposition. Le verdict populaire est incertain.

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