Vaud

Bras de fer pour le retour du bateau «L’Helvétie» à Ouchy

Le canton de Vaud souhaite le retour du navire historique devant le Musée olympique à Lausanne. C’est sans compter Pro Natura, qui s’oppose au projet

L’Helvétie est de retour. Le navire construit en 1926, classé monument historique, a été amarré de 2012 à 2015 devant le musée olympique (CIO) à Ouchy. Il pourrait retrouver son emplacement au printemps 2018, a annoncé le 16 juin l’association L’Helvétie devant les quais d’Ouchy, créée à l’initiative du canton de Vaud.

«Ce serait la possibilité de le mettre en valeur, plutôt qu’il rouille sur le chantier naval de la CGN avant d’être rénové», explique Maurice Decoppet, président de l’Association des amis des bateaux à vapeur du Léman (ABVL) et de CGN Belle Epoque.

Mais le projet a déjà du plomb dans l’aile. L’association écologiste Pro Natura est déterminée à empêcher ce rapatriement. Elle a l’intention de faire opposition au retour du navire devant le Musée olympique, a annoncé Pro Natura au Temps.

Un bateau populaire

Le noeud du problème: la présence du bateau à Ouchy était censée rester temporaire. L’Helvétie a servi de musée en 2012 et 2013, lors de la fermeture du CIO, puis a accueilli une exposition pour les cent ans du musée en 2015, avant d'être remisé au chantier naval en attendant sa restauration en 2025.

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Le bateau est parti, mais la digue de gros rochers et les passerelles ont été maintenues. La mise à l’enquête du dossier destiné à permettre son retour a été publiée dans la Feuille d’Avis Officielle le 16 juin.

Je n’ai plus confiance, nous ne nous sentons pas respectés

Henri-Daniel Champier, président du syndicat des pêcheurs du Léman

Pourquoi vouloir le ramener maintenant? «Ce bateau bénéficie d’un grand capital sympathie», juge Denis Pittet, président de l’association «L’Helvétie devant les quais d’Ouchy» et porte-parole du Département vaudois de l’économie, de l’innovation et du sport. «De nombreuses personnes regrettent qu’il soit parti». L’association a des partenaires de poids, parmi lesquels la Ville de Lausanne, la Fondation olympique pour la culture et le patrimoine et l’Association des amis des bateaux à vapeur du Léman.

Le projet de retour du bateau a déjà changé de mains et de forme. Auparavant sous la houlette du Département du territoire et de l’environnement de Jacqueline de Quattro, le dossier est passé au département de l’économie, de l’innovation et du sport. La raison? La perspective d’y loger les bureaux de l’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) en 2020. Mais l’idée a été abandonnée, le tangage du navire par gros temps risquant d’indisposer les occupants.

En cas de retour, L’Helvétie, abriterait trois espaces: une partie ouverte au public pour la visite, une zone dédiée à des expositions et une salle pour des réceptions. «Le lieu pourrait recevoir des événements de présentations liés au JOJ, mais ce n’est plus l’idée principale», explique Denis Pittet.

Une atteinte au paysage

En 2012, Pro Natura avait fini par accepter la présence du bateau à condition qu’elle soit provisoire. Cette fois, l’association écologiste refuse d’obtempérer. «Nous avions accepté la présence du bateau sachant que c’était provisoire et que les infrastructures allaient être démontées, rappelle Michel Bongard, secrétaire exécutif pour Pro Natura Vaud. Le retour de L’Helvétie ne correspond pas aux engagements pris.»

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Le problème de L’Helvétie, pour Pro Natura? Question de paysage, d’abord: «C’est le dernier endroit sur le quai où la vue est encore libre.» L’environnement est aussi touché: «Il s’agit d’une frayère de féras, où l’eau doit être propre et régulièrement nettoyée par le courant. Le bateau et les enrochements altèrent son fonctionnement.»

Pro Natura compte bien faire opposition dans le délai d’enquête, fixé au 17 juillet. «Nous allons avoir une bagarre je pense», prévient Michel Bongard. Pour Denis Pittet, les arguments écologiques ont peu de sens: «Un bateau sur un lac, c’est normal, c’est même beau. Mais je comprends le problème lié au côté provisoire.»

Les pêcheurs agacés

D’autres que Pro Natura s’agacent de l’attitude du canton. Henri-Daniel Champier, président du Syndicat intercantonal des pêcheurs professionnels du Léman, n’est pas contre la présence de L’Helvétie: «Nous pouvons pêcher autour des enrochements. Et tout le monde veut ce bateau, nous ne voulons nous mettre personne à dos.» Mais le pêcheur est excédé par la façon de procéder: «Nous avons signé une convention où nous acceptions cette digue parce qu’elle serait enlevée après usage. Mais ils l’ont laissée. Je n’ai plus confiance, nous ne nous sentons pas respectés.»

Le retour du bateau, prévu pour fin avril ou début mai 2018, risque d’être compromis. Pour compenser, l’association a proposé à Pro Natura d’introduire des frayères d’ombles, un autre poisson, dans le haut lac. «Ce n’est pas la même espèce, ni la même région, cela n’équilibre pas le bilan écologique», estime Michel Bongard. Denis Pittet dit être en phase de négociation avec Pro Natura, mais sans être prêt à tout: «Nous ne cherchons pas la bagarre. Si cela crée trop de problèmes, nous ne nous entêterons pas.»

Si le bateau revient, il ne restera cependant pas après 2025: il est prévu que L’Helvétie soit rénové complètement avant de naviguer à nouveau en 2026, pour fêter ses cent ans. Du provisoire, mais de longue durée, donc.

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