Le salut sanitaire de la Bretagne viendra peut-être des rives du lac Léman. A en croire les quotidiens régionaux bretons Ouest-France et Le Télégramme, qui ont tous deux couvert l’événement, la visite lundi 11 mai du financier genevois Abdallah Chatila à Ploufragan, dans les Côtes-d’Armor, pourrait déboucher sur la reprise prochaine de la production de masques de protection à grande échelle dans cette partie de la France. L’usine visitée par l’homme d’affaires est celle, désaffectée, du chauffagiste Chaffoteaux & Maury. 25 000 mètres carrés sont disponibles pour accueillir un site de production de masques anti-virus «Fabriqués en Bretagne». Selon les deux journaux bretons, l’acquisition du site doit intervenir à la fin mai. Avec pour objectif de démarrer la production au début 2021, pour un objectif de 200 à 250 millions de masques FFP par an. Coût estimé de l’investissement: entre 15 et 20 millions d’euros. Abdallah Chatila aurait été mis en contact avec ses futurs partenaires bretons via le député macronien des Français de Suisse, Joachim Son-Forget, bien connu des lecteurs du Temps mais injoignable au moment d’écrire ces lignes.

En blouson noir et blanc à la mode, un masque grand public en main, Abdallah Chatila est photographié par Ouest-France et par Le Télégramme en train de rencontrer les élus locaux, accompagné par celui qui pilote cette opération: Jean-Jacques Fuan. L’ancien directeur de la fameuse usine rachetée en 2010 par le groupe américain Honeywell à Plaintel, puis démantelée par ce dernier en 2018, laissant sur le carreau plus de 200 employés. L’usine de Plaintel, dont les machines ont été vendues, fabriquait des dizaines de millions de masques de protection pour le personnel soignant et pour les patients. L’entreprise, plusieurs fois rachetée après le décès en 1989 de son créateur breton Louis Giffard (chapelier de son état), était une de ses PME typiques de Bretagne, dont l’histoire familiale et l’enracinement local ne correspondent plus aux critères de la mondialisation financière. Jean-Jacques Fuan, qui l’a dirigé au début des années 2000, s’était mis en quête d’un investisseur depuis le début de la crise de la COVID-19. Dans les colonnes de Ouest-France, ce dernier estime que «la vision d’Abdallah Chatila n’est pas celle d’un financier comme c’était le cas précédemment avec Honeywell. C’est une vision humaine de promotion de l’innovation». L’homme d’affaires genevois n’a jusque-là pas commenté.

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Le choix du site de Ploufragan paraît définitif. Toujours selon Ouest-France, la commande de deux chaînes de production a déjà été passée, avec livraisons attendues pour juillet et septembre. Outre les masques FFP, de différentes catégories, la future usine financée par l’entrepreneur libano-suisse devrait produire tous les équipements de protection sanitaire requis pour lutter contre les épidémies: combinaisons, charlottes, chaussons et autres visières en plexiglas.