Diplomatie

Brexit: des accords d’urgence entre Berne et Londres en cas d’échec des négociations

De passage à Londres, la conseillère fédérale Doris Leuthard prépare des mesures d’urgence pour le Brexit et regrette l’inflexibilité de Bruxelles

Se préparer au pire tout en espérant le meilleur. C’est sur cette étroite ligne de crête que Doris Leuthard avançait à Londres jeudi, rencontrant les ministres britanniques des Transports et de l’Industrie, Chris Grayling et Greg Clark. D’un côté, la conseillère fédérale souhaite que le Royaume-Uni et l’Union européenne trouvent un accord sur le Brexit, pour éviter le chaos qu’entraînerait un échec des négociations. De l’autre, elle doit préparer la Suisse au scénario catastrophe.

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Dans cet objectif, elle est venue finaliser des accords bilatéraux d’urgence avec le Royaume-Uni sur l’aviation et sur le trafic routier, qui seront signés en cas de «no deal». «Les deux accords sont désormais négociés, nous sommes prêts», affirme-t-elle. Objectif: que les avions continuent à voler et que les camions ne soient pas bloqués aux frontières. Chaque jour, 150 avions relient la Suisse et le Royaume-Uni. Du côté du trafic routier, il s’agit essentiellement de poids lourds, mais aussi de cars de passagers et de voitures individuelles.

La politique de «Mind the gap»

Par ailleurs, Doris Leuthard a profité de son passage londonien pour exprimer un certain agacement sur l’inflexibilité des Européens dans les négociations avec la Suisse depuis le Brexit. «Ils se sont durcis. Il y a maintenant une rigidité vis-à-vis de l’acquis communautaire.» Elle estime que la Confédération a été «un peu maltraitée» par l’UE, alors même que la Suisse – contrairement aux Britanniques – accepte les principes du marché intérieur européen, dont la libre circulation des personnes.

La politique officielle de la Suisse vis-à-vis du Brexit s’intitule «Mind the gap», reprenant la fameuse phrase du métro londonien mettant en garde les usagers contre le large espacement entre les quais et les wagons. «Nous devons éviter les lacunes législatives», explique Doris Leuthard. Actuellement, les avions volent dans le cadre des accords européens. Le jour du Brexit, le Royaume-Uni en sortira, et il faudra les remplacer. Si Londres et Bruxelles ne parviennent pas à s’entendre, il y aura un trou, que les accords d’urgence doivent en principe boucher.

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Ni trop tôt ni trop tard

Pour la Suisse, faire signer ces accords est cependant très délicat. D’abord, tout est suspendu aux négociations entre Londres et Bruxelles. Tant que celles-ci continuent, la Commission européenne ne veut pas que des pays tiers interviennent, risquant de court-circuiter les discussions.

Inversement, il n’est pas possible de faire signer les accords trop tard. La Brexit entre en vigueur le 29 mars 2019 et il faut au moins vingt et un jours au parlement britannique pour ratifier l’accord.

Enfin, même si la Suisse parvient à respecter cette étroite fenêtre de tir, tout ne sera pas résolu. Un avion voyageant entre Londres et Genève survole nécessairement la France, et traverse donc l’espace aérien européen. En cas de non-accord entre l’UE et le Royaume-Uni, cela sera-t-il possible? Par ailleurs, quid de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, à moitié français? Dans les deux cas, Bruxelles aura son mot à dire. Pour cette raison, malgré les accords de secours prévus, un Brexit négocié et ordonné reste nettement préférable pour la Suisse.

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