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Brigitte Pin à Genève, septembre 2017.
© Lea Kloos

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Brigitte Pin, caissière, sur les retraites: «Je me demande si je pourrai conserver mon travail jusqu’au bout»

Brigitte Pin travaille dans un supermarché. Elle voit évoluer les conditions de travail, et elle rêve de pouvoir se constituer un troisième pilier. Deuxième portrait de notre série autour de la réforme des retraites

En votation le 24 septembre, la réforme des retraites provoque de vifs débats entre les générations. Avec quatre portraits, durant deux jours, Le Temps évoque ce projet au travers de parcours individuels.

Lire aussi: Damiano Lepori, à Fribourg: «Quand j’arriverai à la retraite, on parlera de 67 ans, voire 70 ans»

La caissière de 50 ans. Pendant le débat parlementaire sur la réforme de la prévoyance vieillesse, en mars dernier, il a longuement été question de son sort, objet d’une passe d’armes entre le Conseiller fédéral Alain Berset et la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD). L’élue vaudoise s’en est émue: «Elle devra travailler une année de plus pour financer 70 francs de plus pour la rente de Monsieur le conseiller fédéral Berset, par exemple, qui gagne dix fois plus qu’elle! Ce n’est pas juste.»

Mais au-delà de la bataille qui fait rage entre partisans et opposants de la réforme, qu’en pense-t-elle, la caissière de 50 ans? Brigitte Pin ne se fait pas d’illusions. «Au final, je travaillerai effectivement jusqu’à 65 ans mais je doute toucher un jour un supplément de rente AVS», lance-t-elle, convaincue que d’autres réformes viendront rapidement corriger la mesure, d’une manière ou d’une autre.

L’angoisse des caisses automatiques

La Genevoise a accepté d’évoquer sa situation. «Si on s’était rencontré l’an dernier, je n’aurais pas parlé de la même manière», dit-elle d’emblée. Ce qui a changé? Pas le débat sur la réforme ou la perspective de devoir travailler jusqu’à 65 ans pour toucher une rente complète, mais tout simplement la crainte de perdre son emploi bien avant, en raison de l’apparition des caisses automatiques. «Ça me fait peur. Je me demande si je pourrai conserver mon travail.»

Retrouvez tous nos articles sur la réforme des retraites.

Quinze ans que Brigitte Pin travaille dans le même supermarché. Ce n’est pas son premier métier. Elle a été assistante dentaire, puis conductrice aux TPG. Elle a ensuite mis de côté sa vie professionnelle pour élever ses deux enfants. «J’ai repris progressivement une activité. Le supermarché où je travaille encore actuellement cherchait du personnel auxiliaire, avec des horaires à la carte. J’ai commencé par quelques heures par semaine, puis toujours plus. Aujourd’hui, je suis employée à 70%.»

Et les temps ont changé. «Nous avons toujours moins de disponibilités pour nous occuper des clients, pour échanger quelques mots, ou aider à ranger un sac, car nous sommes toujours moins à travailler et avons toujours davantage de tâches, comme préparer les plats à l’emporter. Bientôt, il nous faudra encore faire des jus de fruits frais.» Et il y a ces fameuses caisses automatiques qui sont apparues ce printemps, qui permettent aux clients de scanner eux-mêmes leurs achats. «Il faut avoir un œil dessus. En résumé, c’est comme si je m’occupais de deux caisses en même temps.»

Pour elle qui aime le contact avec les gens, cette déshumanisation de la profession l’inquiète. «D’autant plus qu’il y a des clients qui viennent au magasin tous les jours. Pas parce qu’il leur manque quelque chose, mais pour voir quelqu’un.» Au début, ils ont exprimé leur mécontentement. «Il y a même eu des insultes et des menaces. Mais dans cinq ans? Ils se seront habitués. Et moi? Est-ce que j’aurai encore du travail?» se demande-t-elle.

Un 3e pilier pour bientôt

Son emploi, elle y tient et elle l’aime, malgré ses contraintes, qui sont à peu près les mêmes qu’un conseiller fédéral, le chauffeur et le salaire en moins. Brigitte Pin prend connaissance de son horaire toutes les deux semaines et demie. Elle a bien des congés hebdomadaires, mais pas à des jours fixes. «Si je fais l’ouverture, je dois être à 6h30 sur place pour mettre le pain frais dans les rayons.» Les changements d’horaires sont fréquents. Difficile également de prévoir des soirées entre amis ou une sortie avec son mari: elle est susceptible de travailler jusque vers 20h15.

Avec sa trajectoire, une interruption de carrière de près de huit ans, un petit salaire, elle craint une période de chômage qui la pénaliserait encore plus au moment de prendre sa retraite. C’est dire si l’idée d’une retraite anticipée est tout sauf d’actualité. «Nos deux enfants viennent de terminer leur apprentissage. Avec mon mari, nous avons un projet: constituer un 3e pilier pour améliorer notre rente le moment venu.»


Ce que la réforme change pour les femmes

Inconvénients

Les femmes devront travailler une année de plus, jusqu’à 65 ans, comme les hommes. L’augmentation sera progressive. Elle se fera par palier de trois mois par an sur une période de quatre ans. La mesure entrera donc pleinement en vigueur pour les femmes nées en 1957 et après. Elle soulagera les comptes de l’AVS de quelque 1,33 milliard de francs par an dès 2030. Mais la pilule est difficile à avaler. Car les femmes sont toujours discriminées sur le plan salarial. Leur carrière est moins linéaire, avec des interruptions ou des réductions de temps de travail. Résultat: leurs rentes LPP sont actuellement inférieures de 60% en moyenne à celles des hommes.

Avantages

La réforme corrige les lacunes de la prévoyance professionnelle pour les bas revenus et les temps partiels, soit principalement pour les femmes, qui seront mieux couverts. Actuellement, un quart des femmes ayant une activité professionnelle n’ont que l’AVS, étant donné qu’elles ne gagnent pas suffisamment pour accéder au deuxième pilier. Les salaires annuels se situant entre 21 150 et 52 875 francs bénéficieront d’une meilleure couverture LPP.

Dans de nombreux cas, il sera également possible de prendre sa retraite à 64 ans, comme avant. Pourquoi? L’anticipation de la retraite est assortie d’une réduction de rente. Le taux de réduction est actuellement de 6,8% pour une année et de 13,6% pour deux ans. Avec la réforme, ce taux sera respectivement de 4,1% et de 7,9%. Et une troisième année d’anticipation a été introduite. Cette correction est en faveur des futurs retraités. Associée au supplément de la rente AVS, elle permet aux femmes de maintenir leur niveau de rente malgré un départ anticipé.

Dossier
Le débat sur les retraites en quatre histoires de vie

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