Une force tranquille. C'est ainsi que bon nombre d'écologistes genevois qualifient leur nouvelle présidente, Brigitte Schneider-Bidaux. Elue le 6 mars par l'assemblée du parti, elle succède à Sylvia Leuenberger à la tête des Verts.

Peu encline à être très médiatique, elle est davantage une femme de dossiers et de suivi qu'un tribun. «Nous l'avons élue en toute connaissance de cause», relève une députée, qui ajoute: «Notre nouvelle présidente ne cherche pas à se mettre en avant. Elle attache davantage d'importance au travail de groupe. Une manière plus féminine de gérer les choses.»

Le choix d'une présidente a priori moins tonitruante que certains homologues masculins semble révélateur de l'état de confiance dans lequel se trouve actuellement le parti écologiste. En constante progression depuis les élections cantonales de 2001, il enregistre dix nouvelles admissions par mois et compte plus de 520 membres. Parmi les objectifs visés par la nouvelle présidente, l'un est d'atteindre 15% de l'électorat lors des prochaines élections au Grand Conseil, en octobre 2005. Voire élire deux conseillers d'Etat, mais pour l'heure, «on en est au stade du rêve», ironise cette députée.

Confiance

Cette confiance se reflète d'ailleurs dans les prises de position des Verts au Grand Conseil. Libérés de la stricte discipline de l'Alternative, éclatée après le clash de l'Alliance de gauche, ils se sentent désormais libres d'affirmer leurs spécificités. Et cela s'est vu dans plusieurs votes – notamment sur la fiscalité et les questions de propriété – où ils se sont ralliés à la droite.

Agée de 47 ans, Brigitte Schneider-Bidaux est infirmière scolaire; son activité professionnelle occupe 60% de son temps. Elle aura comme première tâche d'adapter les structures du parti pour faire face à cette forte croissance. Mais aussi de faire cohabiter les anciens avec la nouvelle génération de militants. Ou, comme l'exprime un député, «réussir le passage d'un parti d'une bande de copains à un parti populaire large».

A l'instar de plusieurs de ses contemporains au sein du parti, Brigitte Schneider-Bidaux a été marquée du sceau post-soixante-huitard. Elle a aussi fait ses armes au sein de la Ligue marxiste révolutionnaire. Militante pugnace au Syndicat des services publics, elle a été très active dans la défense de la cause des infirmières en milieu hospitalier, notamment pour mettre en place une convention collective de travail. Aujourd'hui, les questions sociales demeurent une priorité pour elle, qui craint que l'avènement de l'UDC ne provoque l'amorce d'un démantèlement de l'Etat social.

Option féministe

Ayant siégé cinq ans au Conseil municipal de Thônex et active au sein du parti depuis son adhésion en 1989, la nouvelle présidente écologiste est genevoise. Mais elle a pris soin d'élargir son horizon en pratiquant son métier ailleurs en Suisse. De ses six ans passés à Zurich, elle aura tiré beaucoup d'enseignements. Elle a aussi profité d'approfondir ses connaissances d'allemand et d'apprendre le suisse-allemand. «Dans mon métier, c'est essentiel si l'on souhaite avoir un bon contact avec le patient.» Son séjour zurichois lui a aussi apporté autre chose: «A Genève, nous avons tendance à être nombrilistes. Le temps que j'ai passé à Zurich m'a permis d'ouvrir les yeux sur d'autres facettes du pays.»

Le féminisme, chez les Verts, n'est en tout cas pas de la pure rhétorique. Si Brigitte Schneider-Bidaux succède à Sylvia Leuenberger, qui elle-même avait remplacé Fabienne Bugnon, ce n'est pas un hasard. Comme ne l'est pas non plus la forte présence féminine dans la députation au parlement (7 sur 11). L'assemblée des Verts vient d'approuver des quotas de 40% de femmes au sein du comité du parti, mais aussi sur les listes municipales, cantonales et fédérales. Des quotas qu'un militant juge d'ailleurs presque inutile, car le «parti est suffisamment mûr à ce jour pour les appliquer naturellement…»