#LeTempsAVélo

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Il n’y a pas si longtemps, on pouvait voir paître, au bout de la Schinerstrasse, un troupeau de nez noirs. Ces moutons valaisans à la laine bouclée et au museau foncé ont aujourd’hui laissé place à une armada de perceuses, vibrant sans relâche pour finaliser un bâtiment encore harnaché d’échafaudages: le nouveau campus de Brigue, tout juste sorti de terre à deux pas de la gare. Une maison de six étages à la ligne vitrée et épurée qui, après deux ans et demi de travaux, accueillera d’ici à quelques semaines ses propriétaires: UniDistance et la Haute Ecole spécialisée à distance (FFHS).

Tout est dans le(s) titre(s): depuis leur création dans ce coin du Haut-Valais, en 1994 et 1998 respectivement, les deux institutions proposent à celles et ceux qui ne peuvent se rendre sur les bancs des facultés classiques des formations à domicile. Pour la première, des études universitaires en droit, en économie, en psychologie ou encore en histoire; pour la seconde, des filières de bachelor et master en cours d’emploi dans les domaines de l’informatique, de l’ingénierie, de la santé et bientôt de la construction. Deux entités distinctes pour une même mission: offrir un enseignement flexible permettant de conjuguer études et activité professionnelle, vie de famille ou encore sport de haut niveau. «Le concept est né au XIXe siècle à Londres, avec la formation à distance, par envoi postal, des fonctionnaires britanniques, détaille Marc Bors, directeur d’UniDistance. Il y a près de trente ans, un chercheur a eu l’idée d’importer la méthode ici, pour les gens résidant dans les vallées et sur les sommets.»

Depuis, les centres ont essaimé, les fiches par correspondance remplacées par l’e-learning – et la méthode a le vent en poupe: en 2021, UniDistance comptait près de 2500 étudiants (francophones, germanophones et anglophones), un record, et ouvre régulièrement de nouvelles facultés comme celle de mathématiques l’an dernier. Résultat, on compte actuellement plus de premières années en maths pures qu’à l’Université de Zurich, se réjouit le directeur Marc Bors. «Mais je ne mange pas leur part du gâteau, j’agrandis le gâteau en donnant la possibilité à ceux qui ne l’auraient pas fait d’étudier! La société a changé: la formation se prolonge, change de forme. Il y a par exemple, dans nos cours de psychologie, de nombreuses mères de famille.» L’âge moyen des recrues? 38 ans.

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Des chercheurs au sous-sol

Certes, la pandémie a elle aussi participé à booster les inscriptions, mais a surtout souligné le retard des universités classiques dans le domaine du numérique. «Filmer une tête qui parle, c’est pédagogiquement inintéressant: il faut utiliser l’enseignement à distance autrement», souligne Marc Bors. A savoir encourager la participation des étudiants grâce à des exercices vidéo interactifs et, lorsque les conditions sanitaires le permettent, des séances de regroupement en présentiel qui complètent l’apprentissage virtuel.

Un enseignement hybride, ou Blended Learning, également adopté par la FFHS qui mise sur un ratio 80% en ligne et 20% sur place. «Les échanges interpersonnels sont très importants et la mise en réseau des étudiants et professeurs contribue à la réussite d’études rendues encore plus passionnantes», précise Yvonne Ganz, responsable de l’immobilier à la FFHS. C’est pour accueillir ces rencontres que deux salles de classe ont été prévues au premier étage du campus, bien que la plupart des cours aient lieu dans les grandes filiales de Berne ou de Zurich – où la FFHS vient également d’ouvrir un nouveau centre, la Gleisarena. «Si, à l’origine, notre établissement a été créé pour celles et ceux qui ne pouvaient rejoindre les villes pour étudier, aujourd’hui, la logique s’est inversée: les villes, et les centres situés à proximité immédiate des gares, sont des hotspots où vivent la plupart de nos étudiants», explique Yvonne Ganz.

Dès le mois prochain, le siège briguois accueillera donc en premier lieu les services administratifs des deux institutions, qui grandissent et nécessitent de plus en plus de place. Mais aussi, au sous-sol, des laboratoires où leurs équipes de chercheurs exploreront, entre autres, la psychologie cognitive et l’apport des nouvelles technologies au domaine de l’apprentissage – depuis 2017, la FFHS gère une chaire de l’Unesco sur le sujet.

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Première pierre au XVIIe

Même sans les nuées d’étudiants, le bâtiment se devait de cultiver une atmosphère de campus, explique l’architecte Steffen Sperle. Celui à qui l’on doit aussi l’ultra-design parc des éléphants du Zoo de Zurich nous guide à travers de grands espaces lumineux, organisés autour d’une balustrade circulaire. Le choix de matériaux bruts (béton au sol, isolation visible au plafond) confère au lieu un «esprit plus détendu». Ouverte, compétente et innovante, l’image est «importante pour une institution soutenue par des fonds publics», note Yvonne Ganz.

Car le campus représente aussi, pour UniDistance et la FFHS, une vitrine. «On souffre un peu de cette identité virtuelle… Il nous fallait un lieu pour nous présenter au public, qui symbolise l’existence de nos deux institutions», poursuit Marc Bors.

Rien de plus logique à ce qu’il se soit niché au pied du Simplon: historiquement, Brigue a une longue tradition pédagogique. C’est au XVIIe siècle déjà que le baron et mécène valaisan Kaspar Stockalper y installait un couvent de sœurs Ursulines, issues d’un ordre catholique qui encourageait notamment l’éducation des jeunes filles, avant de soutenir l’ouverture du lycée-collège Spiritus Sanctus, où sont encore aujourd’hui regroupés un gymnase, un rectorat ecclésial, une école sportive et un internat – que Michael Zurwerra, à la tête de la FFHS, a dirigé durant huit ans. «Stockalper a posé la première pierre de notre lien avec l’éducation, souligne le maire de la ville, Mathias Bellwald. Brigue est la métropole de la formation dans le Haut-Valais, et ce nouveau siège représente un développement important.» Il ne s’arrêtera pas là: UniDistance grandit de 10% par an, rappelle Marc Bors, avant de glisser: «En réalité, le bâtiment sera déjà bientôt trop petit!»

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