Climat tendu entre Ikea et les habitants de la Broye. Le géant suédois du meuble prévoit de créer un nouveau magasin en pleine campagne à Bussy, 360 habitants, dans le canton de Fribourg, à deux pas du canton de Vaud. Après plusieurs années de tensions et de craintes dans la région, les autorités du petit village et Ikea ont présenté ce jeudi les détails de leur projet sur une parcelle de 100 000 m2.

Le magasin accueillera 200 emplois. Ikea en promet de 400 à 500 dans toute la région avec une autre marque de meubles et un «brico-garden», sur le même terrain, et des sous-traitants dans toute la Broye. Alliés pour les questions broyardes, les cantons de Vaud et de Fribourg devront maintenant donner leur avis.

«Le projet est extrêmement sensible», souligne le syndic Eric Chassot. Le prix du terrain? «J’avais prévu de ne pas aborder ce sujet en public. Le prix n’est pas encore arrêté. Il sera forcément intéressant pour la commune.»

L’ambition est d’ouvrir en 2014 et d’accueillir 6000 véhicules par jour. Aïe! Les Broyards craignent les nuisances et la disparition des terres agricoles. L’exemple d’Aubonne, sur la côte vaudoise, fait peur: un magasin, entouré d’une zone commerciale géante envahie par les voitures. Ikea et Bussy jurent qu’il n’en sera rien.

Mark Bloemena, responsable immobilier d’Ikea, promet en anglais qu’aucun magasin alimentaire ne verra le jour. Ouf, déjà une crainte dissipée: Payerne (VD) et Estavayer-le-Lac (FR) ne voulaient surtout pas d’un Ikea flanqué d’un centre commercial qui concurrencerait leurs commerces.

Contraire aux stratégies des cantons

Etang, toit végétalisé, récupération de l’eau de pluie, pompes à chaleur, nouvel arrêt de bus et piste cyclable sont les cautions «durables» du projet. La «Bouah», comme Mark Bloemena prononce «Broye» en anglais, est «une région avec un potentiel très intéressant».

«Il ne faut pas se leurrer, une telle infrastructure commerciale à forte fréquentation (ICFF) dans la Broye répond peu aux critères de mobilité douce et de bassin de clientèle. Elle est contraire aux stratégies du Conseil d’Etat», explique Olivier Piccard, préfet vaudois de la Broye-Vully.

«Notre région a besoin d’un développement économique pour relever les défis de la croissance démographique, notamment celui des infrastructures», note la syndique de Payerne, Christelle Luisier Brodard, présidente du Parti radical vaudois. «Mais je reste réservée quant à l’emplacement du projet. Nous-mêmes mettons notre énergie sur l’aéropôle, notre zone d’activité en lien avec l’aéronautique.»

«Oui, pourquoi pas?»

Quand on questionne les acteurs locaux, difficile de comprendre s’ils soutiennent le projet. Exemple avec Pierre-André Arm, secrétaire de la Communauté régionale de la Broye, qui réunit des communes vaudoises et fribourgeoises. «La question est de savoir si nous souhaitons ou non une zone commerciale à forte circulation. La réponse est «oui, pourquoi pas, mais à des conditions strictes». La porte n’est pas fermée, mais pas totalement ouverte.»

Préfet radical de la Broye fribourgeoise, Christophe Chardonnens note qu’«il ne faut pas d’emblée fermer la porte. La commune devra démontrer qu’un tel projet a sa place sur cette parcelle, qui fait partie de l’inventaire des zones d’intérêt du canton de Fribourg.»

D’autres, plus rares, disent oui plus facilement: «Veut-on continuer à envoyer nos gamins à Genève ou Lausanne pour travailler?» se demande l’agriculteur Louis Duc, député indépendant fribourgeois. «Ikea n’est pas plus dangereux pour l’agriculture que d’autres projets.»