Comme c’est souvent le cas pour les sujets liés à la vie humaine, le PDC est divisé à propos du diagnostic préimplantatoire (DPI). Réuni samedi à Brugg (AG), il s’est prononcé par 120 voix contre 83 et 11 abstentions en faveur de l’article constitutionnel soumis au verdict du peuple et des cantons les 14 juin. Comme le sujet est délicat, le vote s’est fait à bulletins secrets. Et son résultat n’allait pas de soi, car le conseiller national thurgovien Christian Lohr s’est engagé avec conviction contre cet article constitutionnel.

«Je veux vivre et je vis heureux», a lancé ce journaliste né lourdement handicapé. A sa collègue zurichoise Kathy Riklin, qui a défendu l’article constitutionnel en argumentant qu’il permet d’«éviter beaucoup de souffrance», il réplique : «Qu’est-ce qu’une souffrance? Qui a le droit de décider que quelqu’un souffre ? Mon handicap n’est pas une souffrance. Et quel est le droit d’avoir un enfant sain ? Qui définit ce droit ? Est-ce un droit moral ? Un droit politique ?» Il précise que son handicap n’aurait pas pu être détecté par le DPI, qui concerne les parents devant recourir à la fécondation in vitro.

Risques d’avortements

Pour Kathy Riklin, le DPI offre l’avantage de détecter avant d’être implanté si un embryon est porteur d’une maladie grave. Si on ne peut pas le faire et qu’on découvre plus tard que l’embryon n’est pas sain, il n’y aura pas d’autre solution que l’avortement. «C’est problématique. C’est la raison pour laquelle je soutiens cet article constitutionnel», argumente la conseillère nationale argovienne Ruth Humbel. Ancienne présidente du PDC genevois, Béatrice Hirsch ajoute : «Je préfère qu’on fasse un examen sur une cellule plutôt que sur un fœtus de douze, treize ou quatorze semaines.»

Le PDC est divisé au sujet du DPI depuis longtemps. Au parlement, les députés démocrates-chrétiens avaient soutenu l’article constitutionnel par 7 voix contre 6 au Conseil des Etats mais l’avaient refusé par 16 voix contre 13 au Conseil national. La présidence du parti l’a rejeté par 6 voix contre 5 alors que le comité directeur l’a approuvé par 19 voix contre 12 et 4 abstentions. Au final, c’est le mot d’ordre adopté par l’assemblée des délégués qui fait foi.

Victimes de la Méditerranée

Le PDC est en revanche unanime, et le président Christophe Darbellay ne s’est pas privé de le relever, à propos de la réforme des retraites. Par 224 voix sans opposition ni abstention, les délégués ont adopté une résolution concernant le projet Prévoyance vieillesse 2020, dont débat actuellement la commission de sécurité sociale du Conseil des Etats. Cette résolution comprend les points suivants : âge de la retraite à 65 ans pour tous, flexibilisation pour tous entre 62 et 70 ans, abolition de la discrimination des couples mariés en matière de rentes AVS, accès au deuxième pilier pour les personnes occupant plusieurs postes à temps partiel, hausse modérée de la TVA.

Le PDC accepte par ailleurs la révision de la loi radio-TV par 186 voix contre 25 et rejette l’initiative populaire sur les bourses par 171 voix contre 16. Il avait déjà pris position précédemment contre l’initiative populaire en faveur d’un impôt sur les successions par 143 voix contre 27. En début d’assemblée, le PDC a accordé un instant de silence pour les migrants morts en Méditerranée et « victimes de passeurs sans scrupules », condamne Christophe Darbellay.