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La campagne pour la votation sur la sécurité alimentaire reste terne.
© François Wavre / Lundi13

1er août

Brunch à la ferme et politique ne font pas bon ménage

Le 24 septembre, les Suisses voteront sur l’instauration d’un article à propos de la sécurité alimentaire. En ce 1er août, 25e année du brunch à la ferme, en a-t-on parlé entre deux saucisses? En fait, pas vraiment...

Chez les Barras, à Romanens (FR), les ventres se remplissent de tartines, d’œufs au plat, de röstis, de fromage et de jambon. Les maîtres des lieux sont fiers de proposer pour la première fois un traditionnel brunch à la ferme, histoire aussi de présenter leur nouvelle étable, son imposante charpente en bois et ses installations dernier cri. «Maintenant que les gens finissent tranquillement de manger, j’espère qu’ils vont aussi s’intéresser à nos activités et à la votation de septembre prochain sur la sécurité alimentaire», lance Isabelle Barras, par ailleurs présidente de l’Association fribourgeoise des paysannes.

En lançant son initiative en 2014, l’Union Suisse des Paysans (USP) entendait effectivement lancer un vaste débat sur le futur de l’agriculture suisse et le contenu de nos assiettes. Mais l’agenda n’est guère propice. Le 24 septembre, les Suisses se prononceront également sur la réforme de la prévoyance vieillesse, un objet majeur de cette législature qui suscite déjà les passions. Depuis la démission du conseiller fédéral Didier Burkhalter, l’attention se focalise aussi sur l’élection de son successeur, le 20 septembre.

Lire aussi: Sécurité alimentaire: un vote pour du beurre

De plus, la sécurité alimentaire ne fait pas un pli. Aucun comité d’opposition ne s’est constitué. Tous les partis politiques se sont rangés derrière un contre-projet qui ancre ce principe dans la Constitution. Le texte est de portée très générale. Il vise à préserver une production agricole suffisante et de qualité tout en préservant les ressources. Présent à Romanens, Jacques Bourgeois, directeur de l’USP, tente pourtant de donner du punch à ce brunch. «Le moment est propice pour thématiser la question. Tout le contenu de cette votation est sous les yeux des convives», décrète-t-il.

Davantage qu’un «oui»

Reste que les dirigeants agricoles vont s’engager pleinement ces prochaines semaines. Car c’est un «oui» massif qu’ils souhaitent. Un «oui» susceptible de servir pour d’autres combats, comme faire pression sur le Parlement pour le dissuader d’opérer des coupes budgétaires dans ce secteur et influencer durablement les conditions-cadres. L’enjeu financier est de taille: la politique agricole est redéfinie tous les quatre ans, avec à la clé une enveloppe d’environ 10 milliards de francs suisses versés sous la forme de paiements directs.

Et si la sécurité alimentaire est difficilement contestable, il n’en demeure pas moins que l’agriculture souffre de différents maux. Isabelle Barras évoque immédiatement le problème numéro un: le prix du lait. «Notre production laitière sert en partie à la fabrication du Gruyère. Le prix pour ce segment a été maintenu, par contre nous avons été contraints de baisser les quantités livrées, et donc de réduire notre cheptel d’autant. Quant au lait que nous livrons pour l’industrie, il est payé à peine un peu plus de 0,50 centimes le litre, ce qui n’est pas rentable», explique-t-elle.

Autant dire qu’avant d’inaugurer la nouvelle étable, les Barras ont eu quelques sueurs froides. «Nous avons fait un budget pessimiste», explique-t-elle. Et d’avouer qu’elle travaille à l’extérieur, comme comptable à 70%, pour faire tourner l’exploitation. Pareil pour son fils, Cédric, âgé de 27 ans. Il entend reprendre le domaine. En l’état, il y consacre déjà entre quatre et cinq heures par jour, tout en travaillant à 100% pour une entreprise de construction. «Chacun rencontre des difficultés, complète Isabelle Barras. Mais qu’on ne puisse pas vivre correctement de notre travail a le don de m’énerver». La votation du 24 septembre a aussi cette fonction: redonner du cœur à l’ouvrage.

Privilégier les produits locaux

A quelques dizaines de kilomètres de Romanens, la famille Jacquaz, à Ecuvillens, accueille aussi plus de 700 personnes pour le Brunch à la ferme. C’est dire si la file d’attente est longue jusqu’au premier morceau de tresse. Psychanalyste, Olivier laisse faire sa compagne. Il admet: il ne s’est pas encore intéressé à la votation du 24 septembre. Mais n’en pense pas moins: «La situation dans les campagnes est un vilain reflet du monde moderne qui est le monde de l’argent, marqué uniquement par la logique des coûts et des profits», disserte-t-il dans les travées de la ferme. Son vœu: que les personnes participant à un brunch soient également conscientes toute l’année de l’importance de choisir des produits locaux.

L’oncle de Bertrand Jacquaz, Roger Galley, est l’associé de l’exploitation. Il prend le temps de présenter la meilleure laitière du domaine, ainsi que le taureau de ces dames, gentil comme un Labrador, mais irrésistible. A 71 ans, l’agriculteur se souvient de ses belles années, quand il était également marchand de bétail. Une activité qu’il conserve, mais pour un petit cercle seulement. Les grandes surfaces, avec leurs propres réseaux, ont tué ce commerce. «Et aujourd’hui, on nous parle de Swissness, d’écologie, de label. C’est très bien. Mais les diverses contraintes pèsent sur la production. Et que se passe-t-il si la production baisse? On ouvre la porte aux importations».

Attablé, Dominique Zamofing, syndic de la commune voisine de Posieux est conscient que la votation du 24 septembre ne résoudra pas tous les problèmes. «C’est vrai, à l’origine, l’initiative de l’USP a été modelée pour satisfaire une majorité. En vouloir trop, c’était prendre le risque d’échouer». Un risque que les agriculteurs ne peuvent pas se permettre.

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