Depuis son entrée au Conseil national en octobre 1999, il ferme toujours la marche sur la liste des parlementaires. Et pour cause, cet UDC se nomme Bruno Zuppiger. Dans celle beaucoup plus restreinte des papables à la succession de Samuel Schmid, s'il venait à démissionner, le Zurichois figure, en revanche, bien au sommet.

Conseil d'Etat, Chambre haute, Union suisse des arts et métiers, présidence du parti: à chaque fois qu'il faut un candidat idéal pour l'UDC, l'évocation de Bruno Zuppiger revient telle une antienne. En décembre 2007 encore, des élus hors UDC avancent son nom comme solution de rechange à Christoph Blocher.

Toujours évoqué, jamais élu, le conseiller national UDC de 56 ans pourrait être enfin récompensé pour sa patience. Portrait de celui qui, s'il devenait conseiller fédéral, permettrait à sa formation de sortir de l'opposition (lire ci-contre).

Une UDC moins rude

Depuis quelques jours, l'UDC demande officiellement la tête de Samuel Schmid en raison des remous qui secouent son département. La liste des candidats qu'elle avance pour lui succéder se résume à deux personnes et se décline de A à Z, soit du Bernois Adrian Amstutz à Bruno Zuppiger. Le premier semble, de l'avis des observateurs, insuffisamment armé pour tenir la comparaison avec le Zurichois. Or, qui dit Zurichois dit aile blochérienne. L'habitant de Hinwil, père de cinq enfants, incarne parfaitement la ligne traditionnelle de sa section, une certaine rudesse en moins. Et c'est ce qui fait la différence. Car le vice-président du groupe UDC au parlement est respecté au-delà des propres rangs de son parti.

Le 12 décembre, considérant la possibilité que les autres partis l'élisent à la place de Christoph Blocher, les dirigeants de l'UDC préfèrent assurer leurs arrières et lui font signer une déclaration dans laquelle il assure qu'il n'accepterait pas une élection.

Un air de «gros ours» gentil

«Il est plus présentable», observe un élu démocrate-chrétien. Un membre écologiste de la commission de politique de sécurité (CPS) souligne combien l'ambiance est bonne parce que Bruno Zuppiger, qui la préside, sait mettre les gens à l'aise. Néanmoins certains lui trouvent des airs de «gros ours» gentil - il mesure 1,85m pour plus de 100 kg - qui ne brille, en revanche, pas par ses idées.

Ils trouvent notamment le Zurichois un peu trop obsédé par les économies budgétaires et lui reprochent, par ailleurs, de gérer la question à la manière d'un entrepreneur. Pas étonnant! Depuis 1995, il dirige une entreprise de conseils économiques et d'entreprises, une activité, qui lui ouvre les portes de plusieurs conseils d'administration, dont celui d'UBS.

Chasse aux dépenses inutiles ou réforme de la fiscalité l'amène à marteler ses arguments devant le parlement. Signe de son obstination, il va même jusqu'à pointer du doigt son collègue Max Binder, lorsque ce dernier effectue un voyage au Canada, dans le cadre de sa fonction de président du Conseil national.

Au sein de son parti, dont il est membre depuis l'âge de 24 ans, il jouit d'une large confiance. Pour preuve, sa présence dans deux commissions du National parmi les plus en vue - celle des finances et celle de la politique de sécurité... On ne lui tient pas rigueur quand, comme d'autres entrepreneurs UDC élus à Berne, il soutient l'extension de la libre circulation.

Un clan d'amis zurichois

Un seul obstacle pourrait théoriquement barrer sa route jusqu'au gouvernement: son origine cantonale. Samuel Schmid se retirant, on imagine mal le canton de Berne perdre son siège au Conseil fédéral. Néanmoins, Bruno Zuppiger compte, dans le clan de ses amis proches, l'influent Ueli Maurer, ancien président de la section de Hinwil et du parti suisse. Ce dernier apportera peut-être un soutien utile au moment de convaincre les membres bernois de l'UDC.

Un élément joue, par contre, clairement en sa faveur. Colonel à l'armée et président de la CPS, Bruno Zuppiger occupe le terrain médiatique depuis que le drame de la Kander et le «cas» Nef rythment l'actualité fédérale. Sa connaissance du dossier sécuritaire en fait, à n'en pas douter, un des successeurs tout trouvés de Samuel Schmid au Département de la défense.

Concours de circonstances, c'est précisément l'entrepreneur, à la tête des commissions de sécurité, qui auditionne aujourd'hui le Bernois sur les circonstances de la nomination de Roland Nef. Pour beaucoup, cette affaire sonne la fin de l'ère Samuel Schmid. Et, une énième fois, Bruno Zuppiger fait figure d'épouvantail.