Bien sûr, l’élection au Conseil fédéral du 14 décembre reste très indécise. Mais l’entrée dans la course du Zurichois Bruno Zuppiger, lundi, et la décision très probable du groupe parlementaire UDC de l’inscrire sur son ticket officiel, ce jeudi, modifie les rapports de force. Le conseiller national et président de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) est en effet un poids lourd de son parti. Plus important encore: son profil plutôt modéré pourrait séduire le centre droit et la gauche.

La candidature de Bruno Zuppiger – qui pourrait être accompagné par un Romand sur un probable ticket à deux – constitue une menace sérieuse pour le PLR. Si l’UDC échoue dans sa tentative de reprendre le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf, elle pourrait décider d’attaquer les autres sortants. A gauche et au centre, beaucoup estiment que, si l’UDC gagne un deuxième siège, elle ne peut le faire qu’au détriment du PLR. «Les deux partis de droite viennent de perdre un total de 16 sièges au parlement, ils peuvent revendiquer trois sièges au Conseil fédéral, pas quatre», souligne le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD).

Dans ce scénario, Johann ­Schneider-Ammann serait incontestablement le sortant le plus menacé. Son bilan est mitigé et il présente un profil très similaire à celui de Bruno Zuppiger, avec notamment un ancrage très fort dans les milieux économiques. Un paramètre qui renforce l’idée que ce sera l’un ou l’autre le 14 décembre. D’autant qu’on imagine mal le parlement élire un deuxième Zurichois – le candidat UDC est citoyen de Hinwil, comme Ueli Maurer – tout en gardant deux Bernois.

L’UDC n’entre pas en matière sur un tel scénario, du moins à ce stade. Mardi, son président, Toni Brunner, a indiqué à 24 heures et à la Tribune de Genève qu’il ne fallait «pas attaquer un siège libéral-radical» mais bien celui d’Eveline Widmer-Schlumpf. «Si elle est réélue, ce sera grâce au Parti socialiste», avertit-il.

Yvan Perrin est sur la même ligne que son président. Le conseiller national neuchâtelois considère que Bruno Zuppiger est le candidat idéal pour permettre à l’UDC d’évincer Eveline Widmer-Schlumpf. «L’UDC et le PLR ne peuvent pas y arriver seuls. Mais le PDC est en train de faire son introspection. Plusieurs élus devraient ne pas suivre leur président, Christophe Darbellay.»

En cas d’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf, Yvan Perrin n’exclut pas que le groupe UDC finisse par changer son fusil d’épaule. «Je pratique le PLR depuis pas mal de temps. Leur philosophie est «Ce qui est à moi est à moi. Ce qui est à toi est négociable.» Dans ce contexte, cela ne me dérangerait pas de leur prendre un siège, même si cela devait laisser des traces. Même si, à titre personnel, je ne voterais pas pour une telle proposition.»

Zuppiger pour Maurer?

Une nouvelle hypothèse est apparue hier en marge de la présentation du nouvel avion de combat. Et si Bruno Zuppiger remplaçait Ueli Maurer, fortement critiqué pour sa gestion du Département de la défense? Ce scénario présente un avantage non négligeable pour le PLR: il garantirait la réélection de Johann Schneider-Ammann.