Suisse-UE

Bruxelles tient une de ses promesses de dégel

Un accord essentiel pour l’industrie, couvrant 28 milliards de francs d’exportations par an, est débloqué

Il faisait partie de ces «blocages qui nous ont fait mal», selon les mots de la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, un grain de sable à même d’illustrer l’imbrication des relations entre la Suisse et les pays de l’Union européenne. En bloquant l’actualisation d’une simple annexe d’un seul accord, l’Union européenne (UE) avait provoqué l’inquiétude de nombreuses entreprises helvétiques.

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150 à 300 millions d’économies

Et pour cause: l’accord concerné est l’un des instruments visant à huiler le commerce entre la Suisse et ses partenaires européens. Il couvre 28 milliards de francs d’exportations annuelles de la Suisse vers l’UE et 39 milliards de l’UE vers la Suisse (chiffres 2016). Il permet par ailleurs des économies estimées entre 150 et 300 millions de francs par an pour l’industrie helvétique, car il évite les doublons. Grâce à lui, un produit fabriqué en Suisse ne doit pas être certifié et homologué dans tous les pays européens où il est exporté et inversement.

L’actualisation de l’annexe bloquée a enfin été signée jeudi côté européen et vendredi côté suisse. Elle entre en vigueur immédiatement. La faîtière economiesuisse est soulagée. «L’accord débloqué facilite énormément la vie de nombreuses entreprises, explique Carmelo Laganà, suppléant romand d’economiessuisse. Un exemple: l’entreprise familiale Forster Rohner, fournisseur de produits textiles pour les plus grands couturiers du monde, exporte 60% de sa production vers le marché communautaire européen. Sa directrice nous a régulièrement dit avoir besoin d’un flux de marchandises aussi fluide que possible, sans entraves techniques ou administratives. C’est essentiel pour rester compétitif.»

Promesse d’avril

Le déblocage de cet accord concrétise la normalisation des relations entre la Suisse et l’UE officialisée en avril dernier par la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

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Le vote suisse du 9 février 2014 contre «l’immigration de masse», en remettant en cause le principe de libre circulation des personnes, avait provoqué le gel des discussions en cours entre les deux parties. La loi de mise en œuvre adoptée par le parlement fédéral en décembre dernier a permis de décrisper la relation. Mais une quinzaine de dossiers restaient bloqués. Aujourd’hui, Bruxelles confirme sa volonté de retour à la normale en faisant un pas en direction de la Suisse.

Les attentes de Bruxelles

Officiellement, la Commission européenne n’attend pas forcément de geste en retour. Même pas le renouvellement par la Suisse de la contribution aux pays de l’Est, le fameux milliard de cohésion? «Si l’UE fait ce qu’elle dit, il serait normal d’espérer que la Suisse fasse de même», souligne-t-on du côté de Bruxelles. Mais les dures négociations avec Londres sur le Brexit et le bras de fer avec la Pologne semblent avoir assoupli le ton de l’UE à l’égard de la Suisse.

Doris Leuthard et Jean-Claude Juncker feront le point sur l’ensemble de la relation bilatérale en octobre. «Tout évolue en parallèle», explique ainsi une source européenne. L’exécutif européen continue de garder un œil sur la mise en œuvre concrète de l’initiative sur l’«immigration de masse», soit la fameuse préférence aux chômeurs indigènes. Et, bien sûr, elle suit les avancées sur l’accord institutionnel. Mais Bruxelles semble avoir accepté désormais que cet accord, qui soulève un scepticisme politique en Suisse, ne se concrétisera pas forcément en 2017. «Il n’y a pas urgence», ajoute notre source.

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