«Notre intérêt véritable serait d'avoir une harmonisation internationale et pas seulement européenne.» Daniel Schneider, porte-parole de l'Office fédéral des routes, réagissait hier à une proposition de la Commission européenne qui veut harmoniser les normes de sécurité dans les tunnels d'Europe longs de plus de 500 mètres.

En présentant jeudi à Bruxelles la panoplie de mesures qu'elle espère voir adopter par les Etats membres en 2006 et se concrétiser d'ici à 2016, la commissaire en charge des Transports, Loyola de Palacio, a rappelé les drames du Mont-Blanc (1999) et du Saint-Gothard (2001). «Evidemment, la Suisse sera obligée d'appliquer ces normes de sécurité», a-t-elle souligné, expliquant cependant qu'il ne s'agirait pas forcément pour la Confédération de construire une seconde galerie au Gothard, mais que des «mesures de réduction des risques», d'un «effet équivalent», seraient acceptables. L'accord bilatéral sur les transports suppose une évolution de la législation suisse en fonction des nouvelles règles européennes, et Berne a d'ailleurs été consulté avant la présentation du projet mais veut encore étudier la proposition pour s'exprimer sur le fond.

Bruxelles prévoit donc d'investir entre 2,6 et 3,4 milliards d'euros (plus de 5 milliards de francs) pour rendre plus sûres les longues galeries situées sur des axes routiers importants. Principale région concernée, les Alpes et, en Europe, l'Autriche et surtout l'Italie qui abrite 50% des tunnels européens de ce type. La fermeture du tunnel du Mont-Blanc a entraîné un manque à gagner important pour l'économie italienne que la Commission chiffre à 350 millions d'euros par an (525 millions de francs) sans compter les frais dus à la catastrophe.

Outre la mise en place d'autorités de contrôle, la construction de sorties d'urgence ou de doubles galeries, la Commission veut aussi mieux informer le public sur les comportements à avoir en cas d'accident en installant de nouvelles signalisations. «Cette directive prévoit d'uniformiser l'information faite au public en Europe. L'expérience a montré que l'ampleur des accidents doit beaucoup au manque d'informations claires», note Markus Liechti, responsable de projet à la Fédération européenne pour le Transport et l'environnement. Pour ce Suisse qui travaille à Bruxelles, le projet de directive européen est intéressant en termes d'équipement et d'information, «mais, regrette-t-il, le vrai problème lorsque les tunnels ne sont pas assez larges pour accueillir des poids lourds, c'est l'intensité du trafic. Or, il n'est pas encore prévu de limiter plus largement le passage sur une large échelle, comme on le fait au Mont-Blanc ou au Gothard».