Finances

Budget 2017: le projet tactique du Conseil d’Etat genevois

Le Conseil d’Etat a dévoilé son projet de budget 2017. Déficitaire de 77 millions, il vise à apaiser le climat politique et s’attirer les faveurs de la gauche à la veille d’une réforme fiscale majeure que le gouvernement souhaite voir aboutir

Un déficit à hauteur de 77 millions de francs, des charges de fonctionnement qui augmentent plus vite que les revenus, des investissements à moitié autofinancés et des postes supplémentaires? Non, il ne s’agit pas d’un projet de budget de gauche mais bien celui que le Conseil d’Etat genevois, à majorité de droite, a dévoilé mardi.

Tout porte à croire que le gouvernement – à l’aube d’une cruciale réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) qu’il espère mener à bien – a préféré s’attirer la bienveillance de ses potentiels adversaires, plutôt que de raviver la colère de la fonction publique et l’hostilité de ses précieux partenaires de circonstances que sont le PS et les Verts dans sa quête d’un large soutien à son paquet fiscal.

Lire aussi notre éditorial: La paix sociale, c’est combien?

Une hausse des charges de 2,9%

Dans les détails, l’augmentation de charges de fonctionnement est estimée à 233 millions de francs, en hausse de 2,9% par rapport à 2015. A noter que presque trois quarts de ces hausses doivent être considérées comme des dépenses «contraintes», telles que le remboursement des amortissements et de la dette, les mécanismes salariaux, les aides sociale et aux migrants, ou encore les subsides d’assurance-maladie. Les revenus, eux, n’augmentent que de 147 millions (+1,9%).

Rappelons qu’en l’absence de budget voté par le Parlement l’année passée, l’augmentation moyenne des charges entre 2015 et 2017 atteint les 2,1% (contre 1,5% concernant les recettes). Fiscalement, le collège gouvernemental mise sur une hausse de revenus de l’imposition des personnes morales (102 millions, +6,9%), mais sur un recul de celle des personnes physiques à hauteur de 113 millions (-2,9%). Ce phénomène baissier est expliqué par une «surévaluation» des impôts sur le revenu et la fortune «dans les estimations du budget 2016». Les investissements demeurent quant à eux soutenus (748 millions nets), à l’image des dernières années. Ces derniers ne seront autofinancés qu’à 52%. Dès lors, la dette augmentera-t-elle? Mieux, elle pourrait diminuer, rétorque le canton, invoquant des «surplus de trésorerie permettant la réduction d’emprunts» déjà constatés en 2015 et qui devraient se poursuivre cette année.

Un exercice de séduction

Assez parler de chiffres et revenons à la politique. Ou plus exactement sur l’exercice de séduction auquel s’est prêté l’exécutif. Pour se convaincre, il aura suffi de prêter un peu d’attention à son champ lexical («sérénité, apaisement, budget mesuré et raisonnable»). Ou mieux encore, de constater que la copie du Conseil d’Etat reçoit un accueil circonspect mais pas hostile (une fois n’est pas coutume) de la part des socialistes, son projet de budget étant même qualifié de «retour à la raison» par le parti écologiste. Pour sa part, le Mouvement citoyen genevois (MCG) se déclare «satisfait» du retour des annuités (ou mécanismes de progression salariale) accordées à la fonction publique (+41,3 millions), reconnaissant dans la foulée l’«étroitesse» de la marge de manœuvre du Conseil d’Etat vis-à-vis des prestations sociales qu’il doit assumer. Cerise sur le gâteau budgétaire, même les syndicats, pourtant réputés pour leur nature vindicative, estiment que ce projet est «a priori acceptable».

Un PLR divisé

Alors qui reste-t-il pour vitupérer contre ce projet de budget? Sûrement pas le PDC, qui ne voudrait pas faillir à soutenir son ministre des finances Serge Dal Busco. Et ce, surtout après avoir déjà refusé l’an passé d’entrer en matière sur le budget 2016 que le magistrat démocrate-chrétien suppliait d’accepter. Sans surprise, le groupe Ensemble à Gauche fustige les objectifs d’économie que le Conseil d’Etat poursuit, depuis 2015 déjà. «La cure d’amaigrissement de l’État social» ne cessant pas, la gauche de la gauche appelle à rejeter ce budget tout comme il appelle la population à rejeter RIE III. De l’autre extrémité de l’échiquier politique, l’UDC continue d’abhorrer tout déficit et estime qu’il est «suicidaire» de poursuivre la voie qui consiste à «toujours plus de dépenses alors que les recettes, au mieux, stagnent».

Mais le parti le plus divisé à l’issu de la présentation demeure le PLR, comme l’atteste l’exercice sémantique d’équilibriste que son président a été contraint de pratiquer. Dans un communiqué, Alexandre de Senarclens se déclare «déçu» d’un budget «qui ne contient pas de réformes structurelles», en rappelant que «l’engagement du Conseil d’Etat de réduire les charges de personnel de 5% dans un délai de 3 ans n’est pas concrétisé.» Pourtant, quelques lignes plus tard, il «reconnaît que la tâche de l’exécutif […] est ardue tant les majorités sont difficiles à trouver dans un parlement divisé en trois blocs équivalents, de surcroît à la veille de voter sur la troisième réforme de l’imposition des entreprises». Pour une partie des libéraux-radicaux, la facture pour faire passer RIE III est devenue bien indigeste.

Publicité