Pas encore ficelé, le projet de budget du gouvernement genevois fait déjà des vagues. C’est que le Conseil d’Etat a dans ses cartons une proposition fâcheuse pour la gauche et les syndicats: baisser le salaire des fonctionnaires de 2% sur quatre ans, en échange d’une semaine de vacances supplémentaire, a révélé mardi la RTS.

Genève est coutumier des empoignades autour de ses budgets. Présenté le 17 septembre prochain, le projet pour 2021 s’avère explosif, en cette année de pandémie calamiteuse pour les finances publiques. Car il s’agit, pour le Conseil d’Etat, de résorber une partie du déficit. Pour la gauche, cela ne saurait se faire sur le dos de la fonction publique, quand bien même les travailleurs du privé paient le plus lourd tribut à la crise sanitaire.

Cette mesure de réduction salariale n’est qu’une parmi d’autres étudiées par le Conseil d’Etat, qui pourrait y renoncer dans la dernière ligne droite – ce que vise le Cartel intersyndical en dénonçant cette proposition. Le gouvernement aurait aussi contre lui le MCG, à entendre le député François Bärtschi: «Nous voulons une vraie négociation avec le cartel, afin de trouver une meilleure solution que de couper dans les salaires. Notre parti prépare d’ailleurs une proposition touchant aux frontaliers.»

Une réforme structurelle plutôt que des mesurettes

Mais selon nos informations, le Conseil d’Etat pourrait arriver avec bien davantage qu’une ou deux mesurettes sans réelle chance de convaincre la majorité parlementaire: des projets de loi visant à de véritables réformes structurelles, ce que la droite lui enjoint de faire depuis des lustres, sans aucun succès. Aujourd’hui, il est au pied du mur: avec des perspectives fiscales sombres, eu égard à la crise sanitaire mais aussi aux conséquences de la réforme de la fiscalité des entreprises et de celle de la caisse de retraite des fonctionnaires, les charges croissent sensiblement plus vite que les recettes.

Dans ce contexte et en l’absence d’une hausse d’impôts dans le pipeline, s’attaquer aux charges par le biais de projets de loi paraît cohérent: «Nathalie Fontanet [ministre des Finances] se montre stratège, estime le député socialiste Alberto Velasco, pourtant opposé à baisser les salaires de la fonction publique. Elle qui veut coûte que coûte un budget pourrait satisfaire les libéraux en déposant des projets de loi en échange de leur passivité. Et elle peut amadouer la gauche en leur donnant des postes.» A ce stade, le Département des finances ne souhaite pas s’exprimer.

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«La CPEG, un levier à la Madoff»

Si des réformes structurelles sont avérées, cela fera sourire d’aise le PLR, à l’instar du député Murat-Julian Alder: «Il faut une vraie réforme structurelle du système plutôt que des mesures ponctuelles et à court terme.» Pour lui, le principal problème ne réside pas dans les salaires des fonctionnaires mais dans la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG), qui connaît la primauté des prestations, alors que partout ailleurs en Suisse, c’est la primauté des cotisations qui prévaut: «La CPEG est structurée de telle manière qu’afin de tourner, il faille engager de plus en plus de fonctionnaires. Cela fonctionne un peu comme un levier à la Madoff!»

Le projet de budget 2021 pourrait conforter sa thèse: ce ne sont pas moins de 460 postes supplémentaires que pourrait réclamer le gouvernement pour le budget 2021. L’an dernier, le parlement lui avait pourtant refusé les 412 postes réclamés, la droite ayant noué une alliance avec le MCG. Le gouvernement avait alors habilement trouvé une manière de contourner le législatif en demandant un crédit complémentaire pour 345 postes à la Commission des finances, échappant ainsi au plénum. Ce nouvel automne budgétaire genevois s’annonce à haut risque.