La cohabitation «à la bernoise», entre un gouvernement à majorité rose-verte et un parlement resté à dominante bourgeoise, débute dans la douleur. La semaine passée, le Grand Conseil a vidé la stratégie énergétique de la socialiste Barbara Egger-Jenzer de sa substance: voulue par le Conseil d'Etat, la sortie du nucléaire n'est plus formellement programmée.

Un vote serré

Lundi, par 76 voix contre 75 (les absences du socialiste Maxime Zuber et du Vert François Contini ont pesé lourd), la majorité UDC, radicale et UDF du parlement a privilégié le désendettement aux projets en faveur de la mobilité ou de l'école. Le parlement a ainsi privé le gouvernement de ce que le ministre Vert, Bernhard Pulver, avait appelé, lors de la présentation du programme de législature, «notre marge de manœuvre». Le budget 2007 est «raboté» de 70 millions (0,8%).

Les députés bourgeois se sont toutefois gardés de viser les objectifs roses-verts. Ils sont restés fidèles à la ligne qui les pousse, depuis dix ans, à exiger des coupes budgétaires allant au-delà des desseins gouvernementaux. L'obstination a payé: Berne a non seulement assaini ses finances, mais il a réduit sa dette de 10,8 milliards en 2002 à 7,5 milliards. «Tout relâchement serait un mauvais signal», a averti la députée UDC Therese Bernhard.

Justement, les députés bourgeois ont perçu du relâchement dans le budget 2007. Qui, à l'instar des neuf exercices précédents, prévoit un bénéfice. Vingt-cinq millions. Trop modeste. Et surtout, pour la première fois depuis longtemps, Berne ne parviendra pas à payer rubis sur l'ongle ses investissements. La dette augmentera de 147 millions. «Attention à la spirale», s'alarme la radicale Brigitte Bolli.

La droite a ainsi fait voter une réduction de 70 millions des dépenses en 2007 déjà: 35 millions dans le fonctionnement et 35 dans les investissements. Cette même majorité approuve l'augmentation de 2% de la masse salariale.

Aucune largesse

Le grand argentier UDC Urs Gasche, qui s'était fixé comme but de réduire la dette de 100 millions par an, a loyalement défendu l'option plus parcimonieuse du gouvernement (réduction de 80 millions au total d'ici à 2010). Expliquant qu'il n'y avait aucune largesse dans le budget, simplement des «effets spéciaux»: l'indice de capacité financière bonifié du canton lui fait «perdre» 124 millions dans la péréquation intercantonale. Le canton doit investir 120 millions dans ses hôpitaux, et le programme Police Bern coûte 23 millions. «Quand on prévoit d'encaisser 300 millions supplémentaires en recettes fiscales et qu'on augmente la dette de 147 millions, il y a quelque chose qui cloche», rétorque la radicale Therese Kohler.

En l'emportant lundi, la droite montre qu'elle ne laissera pas la bride sur le cou de la majorité rose-verte du gouvernement. Reste à vérifier que la décision parlementaire réfrénera les ministres: comme en 2006 (les comptes dégageront un bénéfice largement supérieur à 200 millions, alors que le budget ne tablait que sur 64 millions), les recettes fiscales seront, en 2007 aussi, plus élevées que budgétisées.