Le budget de l'armée doit être musclé. Suivant le Conseil national, le Conseil des Etats a transmis mercredi par 32 voix contre 11 une motion visant à l'augmenter progressivement dès l'an prochain. Objectif: passer de 5 à 7 milliards de francs d'ici à 2030.

La guerre en Ukraine a fait réagir la droite du Parlement dès mars. Sous son impulsion, les deux commissions de politique de sécurité ont déposé deux motions identiques demandant une augmentation progressive des dépenses consacrées à l'armée à partir de 2023.

Ces dépenses devraient atteindre au minimum 1% du PIB au plus tard en 2030, a précisé Werner Salzmann (UDC/BE) au nom de la commission. Cela représente un budget d'environ sept milliards de francs. En raison du frein à l'endettement, il n'est pas possible d'augmenter d'un coup la part du budget fédéral affectée à l'armée, a précisé la ministre de la défense Viola Amherd.

La part du budget affectée à l'armée n'a cessé d'être réduite ces dernières années, passant d'une part du PIB de 1,34%, en 1990, à 0,67% en 2019. Des investissements ont été repoussés, créant des lacunes dans l'équipement de l'armée et la protection de la population, a regretté M. Salzmann. Et d'avancer que la guerre en Ukraine a montré que des guerres traditionnelles sont encore possibles.

Décision est dangereuse et financièrement absurde, selon ses opposants

Pour Mathias Zopfi (Vert-e-s/GL), la décision est dangereuse et financièrement absurde. Des dépenses supplémentaires sont décidées sans savoir d'où proviennent les fonds, a-t-il critiqué. Sans augmentation d'impôt, une augmentation du budget de l'armée fait planer la menace de coupes douloureuses dans le domaine de la santé, du social, des retraites, des domaines importants pour la société, a poursuivi Carlo Sommaruga (PS/GE).

Il faut d'abord analyser la situation de politique de sécurité et les besoins réels de l'armée et ensuite libérer les fonds adéquats, a ajouté Daniel Jositsch (PS/ZH). Et la motion ne dit pas ce que l'armée fera de cet argent.

Lire aussi: La Suisse en funambule sur la ligne de crête ukrainienne

«Il est nécessaire d'avoir les moyens suffisants pour se défendre»

Il s'agit de la sécurité de la planification, leur a rétorqué Josef Dittli (PLR/UR). De nombreux équipements et véhicules devront être remplacés ces prochaines années.

Si l'armée dispose d'un budget plus important, elle pourra plus rapidement les remplacer et être ainsi à niveau. «Il est nécessaire d'avoir les moyens suffisants pour se défendre», a abondé Olivier Français (PLR/VD). Et Charles Juillard (Centre/JU) d'assurer qu'il «ne s'agit pas d'une carte blanche».

Pour le Conseil fédéral, la priorité, c'est le F-35 américain et le système de défense sol-air Patriot, a rappelé Viola Amherd. Ces achats représentent la part du lion du budget de l'armée.

Avec un budget plus important, des modernisations pourront être effectuées plus tôt, notamment dans le domaine de la cybersécurité, selon la ministre.

Lire aussi: F-35A: le Conseil fédéral ne veut plus attendre le vote du peuple