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Le 5 avril 2017, des étudiants de plusieurs villes manifestent contre les coupes budgétaires dans la formation. Le mouvement est parti de Lucerne.
© Keystone/Alexandra Wey

Fiscalité

Sans budget, Lucerne tourne au ralenti

L’austérité plane sur Lucerne. Depuis le début de l’année, le canton de Suisse centrale, qui n’a plus de budget, a gelé ses dépenses. Après le rejet d’une hausse d’impôt en votation populaire, l’exécutif propose d’assouplir le frein à l’endettement

La mine grave, les cinq ministres du canton de Lucerne ont annoncé mercredi de nouvelles coupes de 20 millions dans le budget cantonal. Primes d’assurance maladie, asile, bourses d’études, police, santé, culture ou agriculture: aucun domaine n’est épargné. Mais ce n’est pas tout: il manque 64 millions dans les caisses de l’Etat pour 2018. Si le parlement refuse d’assouplir le frein à l’endettement l’automne prochain, le canton est menacé par une cure d’austérité plus drastique encore, «socialement irresponsable», avertit l’exécutif.

L’impasse remonte au 21 mai, lorsque 54,3% des Lucernois ont refusé d’augmenter le coefficient de l’impôt de 1,6 à 1,7. En décembre, le parlement, dominé par la droite, avait approuvé le principe d’une hausse de taxes. Sauf l’UDC, qui a saisi le référendum. Résultat: sans budget depuis le début de l’année, le canton a gelé toutes les dépenses «non indispensables». Sur le pont médiéval, les touristes continuent de se prendre en photo devant de luxuriants arrangements floraux. Mais derrière cette quiétude apparente, les institutions grondent.

La bibliothèque ne peut plus se payer de nouveaux livres

Dans le hall d’entrée de la Bibliothèque centrale et universitaire, un mur recouvert de copies de couvertures de livres annonce la couleur: «Ce que nous achèterions si nous le pouvions.» La liste s’allonge chaque mois. The Terranauts de T. C. Boyle, un ouvrage sur le cerveau, ou encore le dernier roman de Martin Suter: tous absents des étagères. «Ce n’est qu’une petite partie de ce à quoi nous devons renoncer», explique Ina Brückel, responsable du développement culturel de la bibliothèque. Un grand projet de rénovation du bâtiment a dû être abandonné. Les travaux auraient dû commencer en février, 2000 mètres linéaires d’archives reposaient dans des cartons lorsque l’annonce est tombée. Sans budget, pas de déménagement. «Cette situation va bien au-delà des questions d’argent, souligne Ina Brückel. Elle concerne notre mode de vie, la qualité de travail que nous sommes habitués à offrir.» Ailleurs, l’absence de budget se fait sentir par petites touches: une fête du personnel transformée en repas canadien. Un siège resté vide après un départ à la retraite. Du matériel en panne qui n’est pas remplacé.

Paradoxe de l’impôt bas

«Ce n’est pas comme le shutdown à l’américaine, où les collaborateurs de l’Etat sont mis au chômage temporaire. Mais c’est une situation très critique et jamais vue en Suisse. Le canton a gelé ses investissements et s’achemine vers une longue cure d’austérité», explique Christoph A. Schaltegger, économiste à l’Université de Lucerne. Les autorités ont misé au début des années 2000 sur l’attractivité fiscale, en réduisant le taux d’imposition des entreprises de moitié. Si bien que Lucerne a dépassé ses voisins champions de l’impôt bas (Schwyz, Zoug, Obwald et Nidwald), avec l’un des taux d’imposition des personnes juridiques les plus compétitifs du pays, à 12,3%.

En parallèle, le canton a vu sa population passer de 380 000 à 400 000 personnes. Ses dépenses ont augmenté, sans que ses recettes fiscales parviennent à compenser les coûts. Surtout, Lucerne a été surpris par la péréquation financière intercantonale, moins élevée qu’attendue. «Paradoxalement, cette stratégie a aidé le canton, qui est devenu plus riche avec la venue de nouvelles entreprises. Mais les autorités ont mal fait leurs calculs. Chaque franc gagné lui fait perdre 1,15 franc du pot commun intercantonal», explique l’économiste.

La colère gronde

Le canton de Suisse centrale n’en est pas à son premier plan d’épargne. La colère gronde. Au cours des dernières années, des étudiants sont descendus dans les rues pour protester contre les coupes dans la formation. «Sous peine de perdre du terrain, un Etat ne peut se contenter du minimum, il doit pouvoir lancer de nouveaux projets, se moderniser, innover», observe le politologue Alexander Trechsel. La droite estime que le canton peut encore se serrer la ceinture, tandis que la gauche réclame une révision de la politique fiscale agressive. «Ce n’est pas à la population de payer les cadeaux aux entreprises, s’insurge David Roth, président du Parti socialiste cantonal. Chaque année, le gouvernement présente des chiffres rouges et appelle à patienter.» Les citoyens, pourtant, ne semblent pas vouloir changer de cap: en 2016, les Lucernois rejetaient une initiative de la gauche visant à rehausser l’imposition des entreprises.

Pour Marcel Schwerzmann, directeur des Finances du canton, pas question de remettre en question la stratégie fiscale: «Rien que pour l’année 2016, nous avons enregistré 50 millions de recettes fiscales supplémentaires», dit-il. Aux yeux de la députée PDC Yvonne Hunkeler, dont le parti possède le plus de poids avec 38 sièges au parlement, augmenter les taxes sur les personnes morales ne résoudrait rien, puisque «les entreprises ne rapportent que 11% de l’ensemble des recettes fiscales». Mais de nouvelles mesures d’économies ne sont pas plus acceptables, estime l’élue: «Pour 2018, je ne vois pas d’autre solution que d’assouplir le frein à l’endettement de 4 à 8%, comme le propose le gouvernement.»

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