«Tout le budget mais rien que le budget.» Sous ce mot d'ordre, le radical Pascal Broulis, patron des Finances vaudoises, va s'efforcer de défendre la version originale du budget 2005, devant ses collègues du Conseil d'Etat en premier lieu, puis devant le Grand Conseil. Mais il aura fort à faire: plus le débat s'approche, plus le fragile «équilibre des sacrifices» sur lequel s'appuie le budget est contesté. Alors qu'une partie de la droite songe à lancer des référendums sur les nouvelles recettes fiscales, la gauche a menacé de faire de même sur les coupes prévues dans l'aide sociale. Vendredi, la droite a montré qui commandait à la Commission des finances (COFIN) en ajoutant de nouvelles coupes dans le projet de budget. Lundi, les députés socialistes ont menacé de ne pas voter celui-ci s'ils n'obtiennent pas de concessions dans les domaines qui leur tiennent à cœur.

«Nous ne voterons pas un budget qui met fortement en cause la cohésion sociale», affirme Josiane Aubert, la présidente du Parti socialiste vaudois (PSV). La colère de la gauche, qui déposera pour la première fois un rapport de minorité unique rassemblant ses trois composantes rose, rouge et verte, a une raison simple: elle est sortie totalement défaite des travaux de la COFIN, alors que la récente amélioration des prévisions fiscales – qui a permis de réduire de 170 à 95 millions de francs le déficit budgété – justifie à ses yeux de relâcher la pression sur la partie la plus défavorisée de la population. Mais la COFIN n'a pas voulu revenir sur l'aide sociale, qui doit être ramenée aux minimums suisses, ni sur la coupe de 30 millions de francs dans les EMS, qui ne manquera pas d'affecter les conditions de travail du personnel et d'existence des résidents.

Pire encore, la COFIN a tenu à aggraver un budget déjà austère en y ajoutant huit millions de coupes supplémentaires. Les commissaires réclament en effet la suppression de 8 postes dans les états-majors départementaux et de 14 autres dans divers services. Des cibles financières sont par ailleurs exigées pour le Service des sports (130 000 francs), le Service des routes (500 000 francs) et l'Université (2 millions, soit près de 3% du budget).

Si elle a durci le projet budgétaire du gouvernement s'agissant des économies, la COFIN a en revanche accepté les diverses hausses fiscales prévues. Or, celles-ci sont fortement contestées par une partie de la droite – les milieux patronaux et les libéraux surtout. Serait-ce par mauvaise conscience que la droite de la COFIN a voulu, en contrepartie, durcir le programme d'économies? Le radical Armand Rod, qui préside la COFIN et qui a dû trancher à ce titre lors de plusieurs votes, assure qu'il n'en est rien. «Nous respectons toutes les mesures proposées par le Conseil d'Etat, mais nous lui disons qu'il ne faut pas en rester là. Au lieu de s'en tenir à la suppression de 300 postes en trois ans prévue au programme de législature, un véritable dégraissage est nécessaire dans les états-majors. Mais nous avons aussi besoin de la gauche pour faire passer le budget et je pense qu'il y a encore de la place pour la discussion en plénum.» Selon Armand Rod, la gauche a tout de même obtenu une satisfaction en commission des finances, puisqu'elle a obtenu une plus forte augmentation de l'impôt forfaitaire «à la dépense» qui frappe les étrangers fortunés établis dans le canton. Cet impôt devrait rapporter 2,5 millions de francs, au lieu de 2 millions. C'est la seule parmi les nouvelles recettes fiscales qui ne risque pas d'être combattue en référendum, tant la cause serait peu populaire.

La menace pèse toujours en revanche sur les autres augmentations d'impôt: la suppression de la déduction fiscale sur l'épargne (25 millions), l'augmentation de l'impôt sur les gains immobiliers (7,5 millions) et un impôt extraordinaire sur la fortune limité à trois ans (18,5 millions). Du fait que les libéraux sont eux-mêmes divisés sur l'opportunité de lancer le référendum, la machine de guerre pourrait être lancée par les organisations patronales. Mais la droite doit réfléchir à deux fois: la menace de la gauche de ne pas voter le budget l'oblige à serrer les rangs derrière celui-ci dès lors que la majorité qualifiée est aujourd'hui indispensable. Et l'on voit mal comment il serait possible pour des politiciens, à moins d'abdiquer toute cohérence, de soutenir un référendum contre le budget qu'ils viendraient de voter.