Les premiers éléments de la Swisscoy, une trentaine de soldats du corps des gardes-fortifications (CGF), n'arriveront pas avant mi-septembre au Kosovo. Chargés des travaux d'infrastructure, ils établiront le camp dans lequel séjourneront un bataillon autrichien et le reste de la compagnie suisse, a indiqué le chef de l'état-major général, Hans-Ulrich Scherrer, au cours d'une conférence de presse mercredi à Berne. Prévu au nord de Prizren dans le secteur allemand, le camp austro-suisse accueillera le gros de la Swisscoy (100 à 120 membres) début octobre, l'accueil se poursuivant jusqu'en novembre. En tout, 160 soldats helvétiques, tous volontaires, prendront pied au Kosovo.

Avant de partir, ils suivront une instruction de cinq semaines environ, dont trois en Suisse, à Bière probablement, à dater du 23 août. Le reste de la formation aura lieu à Graz en Autriche, dès le 20 septembre, en commun avec le bataillon autrichien. L'instruction portera notamment sur le comportement à adopter face aux mines et aux pièges explosifs. La participation helvétique à la KFOR s'achèvera à la fin 2000. Son coût est estimé à 54 millions de francs. Les volontaires, soldats professionnels et de milice, signeront des contrats d'engagement d'une durée de six à huit mois.

Conformément à la loi militaire de la Confédération, une partie seulement du contingent suisse pourra porter une arme personnelle: le pistolet pour les officiers, le fusil d'assaut ou le pistolet-mitrailleur pour les subalternes. L'état-major général n'a pas souhaité articuler des proportions. C'est au Conseil fédéral de décider du pourcentage d'hommes armés. «Il est exclu que nous envoyions des gardes-fortifications sans armes, prévient de son côté un membre du CGF. Nous sommes des professionnels, et en tant que tels, nous devons être armés.»

Le bataillon autrichien, armé – sans restriction légale – de fusils d'assaut et de fusils-mitrailleurs montés sur des véhicules de transport de troupes semi-blindés, assurera la protection des militaires suisses, lesquels porteront un gilet pare-éclats. Ces derniers se déplaceront de préférence dans des jeeps blindées, de type Eagle. Un tel véhicule se trouve depuis peu à Tirana, en Albanie. Il a été acheminé par un avion autrichien pour le compte des soldats suisses de l'opération Alba.

Dans un premier temps, la mission des Suisses au Kosovo se limitera à la logistique du camp, soit la construction et l'entretien des installations, l'approvisionnement en eau potable, une participation à la cuisine et un soutien médical. Il est prévu ensuite que les Suisses apportent leur part à la reconstruction d'infrastructures civiles: routes, conduites d'eau, gaz et électricité. Le rôle de la Swisscoy sera celui d'une compagnie de service.

Les déplacements à l'extérieur du camp comporteront des risques. Des membres de l'état-major général s'attendent à des confrontations avec des bandes criminelles. Plusieurs fois évoquée, la question du non-armement des soldats suisses se pose ici avec acuité. Rapportés mercredi dans le Blick, les propos du général allemand commandant le secteur de Prizren signalent un danger réel, auquel il vaut mieux ne pas s'exposer sans armes. Interrogé par Le Temps, l'attaché militaire de l'ambassade d'Allemagne à Berne, Rudolf Hauke, nuance: «Les soldats allemands remplissent une tâche de police. Ils sont donc exposés au danger. Les Suisses, accomplissant une mission de logistique, le seront moins, d'autant qu'ils bénéficieront d'une protection armée.»

Des officiers suisses seront incorporés aux différents échelons de commandement du secteur sud: un auprès de l'état-major de la brigade allemande, quatre dans celui du bataillon autrichien. Les activités suisses au Kosovo seront supervisées par un lieutenant-colonel également suisse.

Quant à la Swisscoy proprement dite, elle obéira à un major. La logique helvétique eût voulu qu'un capitaine en prenne le commandement, mais les standards de l'OTAN en ont décidé autrement.