Près de 5000 habitants supplémentaires depuis cinq ans, des règles électorales qui changent et l’apparition de nouveaux partis: c’est l’équation à trois inconnues que Bulle doit résoudre, à un mois des élections communales du 20 mars prochain. Dans le chef-lieu du district fribourgeois de la Gruyère, 27 candidats bataillent pour arracher une place au Conseil communal (exécutif).

Depuis les élections de 2006, la cité est passée de 15 000 à près de 20 000 habitants. Comment vont-ils voter? A cette question s’ajoute celle de la fin des deux cercles électoraux, hérités de la fusion de Bulle et de La Tour-de-Trême en 2006. Jusqu’ici, un certain nombre de sièges était réservé aux citoyens de La Tour, dont 3 sur 9 à l’exécutif. «La fusion a été bien digérée au niveau politique: on ressent peu de différences entre les gens issus de l’une ou de l’autre localité», estime Maurice Ropraz, le préfet libéral-radical de la Gruyère. «Les élections devraient être peu influencées par la suppression des deux cercles.»

D’autant que la création d’une section des Verts libéraux – issue du mouvement Ouverture – et l’alliance de l’UDC et de l’Union démocratique fédérale (UDF) pour conquérir un siège de l’exécutif pourraient bouleverser les plans du Parti libéral-radical (PLR) et du Parti démocrate-chrétien (PDC).

Si le syndic actuel est issu du PDC, c’est le PLR qui détient la majorité relative à l’exécutif (4 sièges sur 9) et au parlement (17 sièges sur 50), suivi par le Parti socialiste (PS) avec 3 sièges à l’exécutif et 13 au parlement.

Premier de classe dans une grande partie du canton, le PDC est troisième à Bulle, avec deux représentants au Conseil communal et 12 au Conseil général. Le mouvement Ouverture et l’UDC ferment la marche. Alors que toute la Gruyère s’attendait à la candidature du conseiller national Jean-François Rime, candidat malheureux l’an dernier au Conseil fédéral, celui-ci ne s’est pas présenté pour un poste à l’exécutif.

De son côté, le PLR sait qu’il sera difficile d’augmenter son nombre d’élus. Mais il aimerait reprendre le siège de syndic qu’il a abandonné en 2009 à la démission de l’ancien conseiller national Jean-Paul Glasson. Le PDC, lui, espère prendre du poids malgré l’arrivée des Verts libéraux.

Mais le souci majeur des politiciens bullois, c’est le développement de leur cité. Comme beaucoup de communes du sud fribourgeois (Gruyère, Glâne, Broye, Veveyse), elle attire les familles désemparées face à l’envolée des loyers de l’Arc lémanique.

«Avec une croissance pareille, le risque est que Bulle devienne une cité-dortoir», souligne le syndic PDC Yves Menoud, qui se représente. Le remède: créer des emplois. La méthode: attirer des entreprises en améliorant la qualité de vie, les écoles, les transports publics, les structures d’accueil pour les enfants et l’offre culturelle et sportive.

«Le rythme actuel est déraisonnable», note Yves Grandjean, conseiller communal PLR et candidat à sa propre succession. «Nous devons avoir une vision à long terme. Il ne s’agit pas de freiner le développement, mais de mieux le gérer.» Une idée partagée par le candidat vert libéral Firmin Esseiva, pour qui «Bulle va à 1000 à l’heure».

A gauche, le combat se mènera autour de l’initiative que le PS a déposée avec 1500 signatures et qui demande que la Grand-Rue devienne piétonne. Le débat sur la validité juridique du texte a été repoussé à plus tard, mais le thème reste d’actualité. «Nous militons également pour la création d’un foyer de jour pour les personnes âgées», note Raoul Girard, conseiller communal et député.

Bulle est aussi confrontée à d’autres problèmes que connaissent les villes, comme la délinquance, ce que reconnaissent les autorités. «Ce n’est pas encore New York, mais c’est à prendre en compte», estime José Lorente, président de l’UDF cantonale et candidat au Conseil communal soutenu par l’UDC. Selon lui, il faudrait un «contrepoids» à la «politique de centre gauche» menée actuellement par le Conseil communal.

«Avec une telle croissance, le risque est que Bulle devienne une cité-dortoir»